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Miquel Barceló : "Sol y sombra" à Paris

La BnF et le Musée Picasso-Paris s’associent pour présenter un possible parcours général autour de l’œuvre de Miquel Barceló : en effet, fortes de nombreuses pièces inédites, ces deux expositions offrent une immersion quasi-totale dans l’univers de l’artiste majorquin. Aux peintures et céramiques présentées par le Musée Picasso-Paris (du 22 mars au 31 juillet 2016) fait écho l’œuvre imprimé à la BnF (du 22 mars au 28 août 2016). Deux lieux et deux expositions pour un artiste exceptionnel...

En 2006, à l’occasion de son extraordinaire performance, en l’église des Célestins, en Avignon, le monde de l’art avait vibré d’émoi et de stupeur tant l’audace de l’ibère avait dessillé les yeux vitreux d’un public endormi sur des décennies de lauriers flétris. Miquel Barceló rapportait des ténèbres, derrière son mur d’argile, des formes, des manières, des couleurs et des vérités toutes pariétales si bien qu’il en devenait, paradoxalement, visionnaire, tant son absence de limite dans l’absurde comme dans l’approche esthétique, pourfendait un code devenu obsolète.


Face à une œuvre de Miquel Barceló, le regardeur recouvre la vue, des pièces de céramiques aux dessins ou tableaux ; voire en suivant le Grand verre de terre (à la BnF) matière et hasard donnent une leçon de vie, une exubérance en pointillée qui ira, petit à petit, frisotter les nervures pour donner cette étrange émotion qui pousse la main à vouloir toucher. C’est physique cet art, il provient directement de la terre, notre mère à tous, il attire autant qu’il étonne, il projette autant qu’il foudroie.

 

Au Musée Picasso-Paris, est présenté un ensemble de peintures, sculptures, céramiques et œuvres sur papier des années 1990 à aujourd’hui. Le visiteur déambulera autour des divers domaines de création de l’artiste et découvrira les affinités de son parcours avec les attitudes, les motifs et les processus créatifs de Pablo Picasso. Le thème de l’atelier constitue le fil rouge de l’exposition : de la représentation picturale qu’en donne Barceló dès les années 1990, jusqu’à la présentation d’ensembles de plâtres – modèles pour les fontes à venir ou fragments d’études qui évoquent l’atelier du sculpteur – en passant par la fabrique de céramiques, domaine dans lequel le public pourra découvrir les dernières expérimentations menées autour de pièces fumées au charbon de bois.

Œuvre maîtresse de l’exposition : un grand mur de briques spécialement réalisé par l’artiste, permet d’aborder cette thématique récurrente chez lui de l’autoportrait, tout en évoquant la dimension monumentale de son travail.



 

La BnF s’est concentrée sur l’œuvre imprimé qui, étonnamment, fut peu présentée au public, alors que Miquel Barceló expérimente depuis toujours les techniques d’impression. Foisonnant, profondément original, son travail imprimé représente à ce jour près de deux cent cinquante gravures sur cuivre, sur bois, lithographies, sérigraphies et estampages. C’est un parcours thématique qui est proposé autour d’une sélection de soixante estampes, travaux récents ou très anciens, pour insister sur la cohérence et la singularité de la démarche.

Vous y serez accueilli par une monumentale fresque de terre et de lumière (190 mètres de long sur 6 mètres de haut), créée in situ sur toute la hauteur des vitres de l’allée Julien Cain que l’artiste a couvertes d’une fine couche d’argile avant d’y dessiner en grattant la glaise séchée. Spectaculaire introduction à l’exposition, cette œuvre immerge le visiteur dans l’univers envoûtant de Barceló et rend hommage au philosophe majorquin Ramon Llull. Le parcours se déploie ensuite sur les thèmes de l’empreinte, la trace et la griffure, de la métamorphose, des tauromachies et des littératures. Vases et briques de terre cuite, portraits à l’eau de Javel, sur parchemin ou oreille d’éléphant, livres embossés et bronzes patinés, peintures et carnets font écho aux estampes dans lesquelles l’artiste, tirant parti de toutes les ressources du medium, joue avec les textures, les couleurs et les subtiles nuances des noirs et des blancs pour, de l’ombre, faire naître la lumière.

 

Fabriquant lui-même ses outils et ses couleurs, Miquel Barceló demeure authentique, gros mot lourd de sens : en effet, nous sommes si loin des brillances d’un Koons, des suffisances d’un Hirst que l’âme, ici, recouvre sa joie première à la rencontre de ce Beau si galvaudé au royaume du clinquant facebookien. Il est artiste, et ne répond plus, depuis longtemps, à la problématique des explications à fournir : ni figuratif ni abstrait. Et encore moins justifier pourquoi il fait de la peinture…De ses défis (chapelle San Pere de la cathédrale de Majorque, salle XX du palais des Nations, à Genève) à l’approche plus intime de la céramique voire de la gravure, art autonome pour lui (« c’est un registre du geste, c’est pour ça qu’il n’y a presque plus de graveurs »), Barceló quête une ouverture, son espace de liberté-vérité : l’incision. Son art est physique, son plaisir est physique. Il répond à une pulsion érotique.

 

Avant de verbaliser les choses, il y a cette envie d’intervenir, de passer la paume de la main, de frotter des fusains pour révéler ce qui n’est pas visible. C’est pour ça que je trouve ces gestes très proches, dans ce sens qu’on fait apparaître l’invisible. Forcément, les outils, c’est la main, l’œil…

 

François Xavier

 

Émilia Philippot & Cécile Pocheau-Lesteven (sous la direction de), Miquel Barceló. Sol y sombra, 196 x 255, broché, 150 illustrations quadri, Actes Sud / Bibliothèque nationale de France / Musée national Picasso, 224 p. – mars 2016, 39,00 euros

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1 commentaire

Miquel Barcelo est-il, lui aussi, un faussaire, un plagiaire, un escroc ? Un procès va s'ouvrir qui en dit long sur la mentalité de l'artiste... étonnant... et triste !
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/07/08/l-amitie-brisee-de-la-star-miquel-barcelo-avec-un-artiste-malien-qui-se-dit-pille_4966387_3212.html