Capucine et Simon Johannin : tendres sont parfois les nuits

Capucine et Simon Johannin écrivent à quatre mains une ballade qui s'ouvre face à Paris, avant que leur héros ne plonge dans "la crevarde" en une déambulation souterraine. Nino ne peut s'engager dans la légion suite à une analyse d'urine chargée de drogue et se retrouve de l'autre côté du périf avec une cohorte de personnages considérés comme louches à la vie précaire avant de tenter sa chance dans la capitale.

Il fréquente donc les laissés pour compte.
Dans une société trop dure pour eux ils se perdent dans des fêtes nocturnes où Nino tente de "se démerder" comme il peut à côté de son amoureuse Lallé.

Après L'été des Charognes Simon s'est uni (à tous les sens du terme) à Capucine pour cette virée. Les deux auteurs mettent à jour la violence urbaine de l'époque. Ils posent la question du travail et de la dignité. L'autrice s'occupe de la construction de l'histoire et son mari de l'écriture.
Excluant les histoires politiques et intellectuelles, ils se placent au ras des dits ratés et des choses. La méritocratie est exclue. Les êtres s'abiment même lorsqu'ils sont brillants mais ils doivent traverser la vie tant que faire se peut.

Le roman est détaché de la littérature et se rapproche d'un cinéma néoréaliste ou de Terrence Malick. Il reste très visuel dans sa manière de raconter des histoires à la Preacher de Garth Ennis et Steve Dillon.
Il y a là, et sans contre-façons, des éclairs foudroyants, des moments de surchauffe de cœurs blessés au milieu de la nuit. Le texte danse pour penser au plus près de l'abîme ou au-dessus.

Dans un vocabulaire simple, il se veut à sa manière graphique et cherche l'image pour faire le portrait d'une partie de la génération des 15-30 ans. Celle qui reste sur la touche ou va droit dans le mur et à laquelle ceux qui réussissent se permettent de donner des leçons.
Mais il existe néanmoins la fête et ses excès dans une banalisation totale de la drogue et de l'alcool. Les héros sont des insoumis qui plutôt que d'affronter la société et avant de la comprendre voire l'accepter poursuivent leurs chemins des enfers et des fossés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Capucine et Simon Johannin, Nino dans la nuit, Allia, janvier 2019, 288 p.-, 14 €

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