Cercles : Sylvain Matoré en mathématicien du pire

Tout ne serait donc que mathématiques appliquées ? Destins concentriques qui se croisent et s’entremêlent le temps d’une valse à deux trois temps, Euclide en ordonnateur pour mieux nous perdre dans les jeux d’ensemble qui peuvent – ou pas – se mélanger, s’imbriquer, se tordre selon la gravité, non pas de l’action, mais du cosmos tout entier qui joue le rôle du tain de ce satané miroir qui n’a de cesse de nous renvoyer ce non-sens quotidien qui nous vrille l’estomac. Sans doute pour cela que certains s’enfoncent dans les drogues douces, le travail aliénant, la solitude ; et d’autres, l’aventure du grand banditisme, la traite des blanches, l’argent facile. Mais savent-ils qu’ils gravitent, justement, dans le même bain saumâtre ?

 

Sylvain Matoré dresse une trame classique et noire dans un parallèle entre deux destins, ceux d’une paire de maffieux serbes en fuite en Espagne, et d’une jeune paumée qui vient de perdre son frère et s’abandonne dans une fuite en avant. S’il a ajouté un S pour s’éloigner du Cercle de Yannick Haenel, on y retrouve toute la désillusion de notre monde trop propre sur lui et coincé dans ses rituels économiques qui pousse les plus fragiles – ou les plus lucides ? – à s’extraire du magma qui les bouffe. De manière forte ou suicidaire, le résultat est le même.

 

Alors pourquoi vous orienterai-je vers ce livre-là plutôt qu’un autre ? Pour sa fraîcheur ! C’est l’une des raisons qui font que les premiers romans, quand ils sont réussis, remportent la mise. Il y a un style, un rythme, des petites trouvailles et autant de perles littéraires qui font que – en sus de l’intrigue somme toute classique mais pimentée de quelques scènes fortes – ce roman donne du plaisir. Lecture délassante, désir d’y revenir. Légèreté décalée. Une réussite.     

 

François Xavier

 

Sylvain Matoré, Cercles, Alma éditeur,  février 2014, 202 p. – 17,00 €

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