Martine de Rabaudy : hommage à Florence Malraux

Certaines fins de vie ressemblent à des dérives. Celle de Florence Malraux en fut une. Et elle résonne douloureusement chez Martine Rabaudy qui connut - via sa mère - des "expériences" comparables. A celle qui a disparu il y a un an et qui dut faire face à une mère excessive et une mère "monument" (André Malraux) elle adresse le plus vibrant hommage.

Au moment où Florence Malraux s'éloigne des vivants en un chemin qu'elle n'avait pas choisi, l'auteure offre une forme d'amour plus qu'une sculpture de marbre en prouvant que le vrai sacrifice est de vivre pour quelqu'un.
Martine de Rabaudy la sauve de l'anonymat même si elle eut une reconnaissance et une vie bien remplie entre autre comme assistante d'Alain Resnais dont elle fut l'épouse pendant près de 20 ans. Souvent elle resta dans l'ombre comme pour "Jules et Jim" de Truffaut où son nom n'est pas crédité en dépit de son rôle.

En rien déesse de la défaite elle sut défendre et conserver une certaine liberté loin des crédos parfois démolisseurs comme créateurs. Et l'auteure dans son requiem remonte la vie en gardant son attention rivée sur une femme généreuse et ailée.

Face à une perte qui fut lourde pour elle, mais sans le moindre pathos, Martine de Rabaudy accorde à Florence Malraux ce qui n'appartient qu'à celle qui ne s'est jamais plainte quoique prise en étau entre une mère abusive et un père monumental (André Malraux).

Existe là une entente tacite. L'auteure l'écrit sobrement face au déluge du grand sommeil et l'accompagne hors du temps jusque dans l'au-delà de visible, ici même, ici bas.
En cet hommage, du plus obscur, un jour se lève encore dans un travail de déchiffrage du champ fertile de l'âme de la disparue.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martine de Rabaudy, À l'Absente, Hors série Littérature, Gallimard, avril 2019, 160 p.-, 17 €

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