François Bordes, Ann Loubert : chère folie

Cosa est une fin d’histoire, sa perte : sa libération ? peut être. Une lutte ? sans aucun doute. Dans un pays intérieur et un paysage fait de brûlures et de glaciations rôde un fantôme. Pas n’importe lequel. Il est mystique et tellurique Bordes et Loubert l’évoque en reliant des extrêmes en finesse du trait, dureté de la pierre.
Les deux créateurs font beaucoup avec peu. Ils ouvrent des fondrières où la lumière noire s’évade plutôt que s’amenuiser. Ils ne cherchent pas forcément l’éclaircissement ; mais témoignent de la complexité de l’existence. Leur Cosa devient aussi mentale qu’affective. C'esr la présence de l'absence, le pays de naguère. Celui-ci est allé retrouver son sillage ver une autre parallèle.
Reste un vide de matière. Les traits et les mots ne le bouchent pas forcément. Demeurent un état vibratoire et un vertige. L'image tente de trancher ce que les mots ont du mal à séparer. Reste la perte en gestation. Peu à peu elle, comme une certitude qui brise le carcan de l’idée.
Les auteurs tentent de ce refaire la peau d'un autre perdu et éternel. C'est une affaire très complexe, expérimentale et nécessairement évolutive dans ce jeu entre les lignes.  Elles rayonnent sur, dans la matière de. Mais l’unité du livre reste celui de la vie et d’un flux ordonné jusque là par l’énergie d’un noyau ou d’un foyer.
Mais vient les temps d’une forme d'écart et de spatialité particulière loin d'une conjonction intime. Les deux auteurs voudraient la remplacer :  pour preuve les lignes proposent les éclaircies déchirantes. Il y a chaque fois l’esquisse et la totalité d’une fuite impossible puisque l’image n’est plus indivise mais divisée.
Le peu provoque un excès de réalité, une ouverture partielle d’un fragment du réel traversé là où rien n’est projet ou attente. L’événement n’est que celui de l’instant. Il apporte dans l’action réciproque, mots et images. Ils deviennent les tenseurs du temps.
François Bordes et Ann Loubert proposent donc une unité harmonique particulière qui émerge le franchissement de ce qui apparemment, et dans une rondeur initiale, semblait parfaite , immuable. C’est ainsi qu’un éternel présent affleure de la profondeur de l’absence. Elle se creuse : l’image et les mots ne peuvent qu’en relever encore  indices.

Jean-Paul Gavard-Perret

François Bordes, Ann Loubert, Cosa, L’Atelier Contemporain, 2023, 80 p.-, 15€

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