Anna Bambou : effets mères

Chez Anna Banbou (deux créatrices se cachent sous ce nom) le partage ne se fait  plus entre l’ombre et la lumière ni entre le dehors et le dedans mais entre des éléments qui se rapprochent sans se fondre même si leur place n’est pas la bonne ou du moins décalée.
La fixité est trompeuse dans un tel mariage là où le terme de matrice reprend tout son sens. Les deux artistes croient à la spontanéité du geste mais aussi au travail de filage afin de montrer l’indicible qui se cache derrière les choses ou leurs disparitions.

Ce qui résiste à l’image,  appelle. Appelle en résistance - passive et active à la fois. Le vestige refuse de se laisser comprendre en tant que tel. Et ce dans une poésie révélatrice de l’absence pour lui donner un autre aspect.
Surgit un autoportrait détaché de toute figure. Quelque chose se met à vivre qui demande l’arrêt et le silence. Le travail déplace de spectateur des usages établis. Un interdit, un invisible, un secret s’imposent. Au silence de l’œuvre répond celui du spectateur. L’espace soudain déborde de l’œuvre.
Celui qui la regarde le reçoit comme une véritable présence vaguement inquiétante.

Cela devient un exercice  sensuel proche d’une mystique puisque chacun  est renvoyé à des régions essentielles qui n’ont d’existence que dans celles que l’œuvre leur donne. Demeure une forme de combat contre la mort, pour l’ange. L’œuvre crée  un outreblanc comme il existe un outrenoir chez Soulages.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Anna Bambou, Effets d’hiver, Corridor Elephant, Paris, juin 2018.

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