Au début la fin - Antonin Artaud

Rien ne pouvait y faire : Artaud demeura esclave de lui-même. Très vite toute sortie de soi semble impossible : "Les portes n'existent pas et on ne va jamais que nulle part que là l'on est", écrit-il dans ses Cahiers du retour  à Paris. Pourtant, l'auteur rêvait d'ouvrir ses portes mais tout était joué comme le prouve cette réédition.

Plus tard il espérera trouver au Mexique une révélation : "C'est une idée baroque pour un Européen que d'aller rechercher au Mexique les bases vivantes d'une culture dont la notion s'effrite ici ; mais j'avoue que cette idée m'obsède ; il y a au Mexique, liée au sol, perdue dans les couleurs de lave volcanique, vibrante dans le sang des indiens, la réalité magique d'une autre culture dont il faudrait rallumer le feu". Mais ce feu intérieur le pote ne pourra le réanimer d'autant que, comme il le sentait "tout vient de moi".

Avec ce texte la mort intérieure n'est plus tenue à distance. S'éprouve déjà comment la terre aspire l'être dont elle se nourrit jusqu’aux crachats. Avec ses "révélations" le poète rentre directement en rapport avec les semences immondes qui ne sont les restes et les cendres.

Artaud subit une expérience organique? Soudain "la terre qui est mon corps" n’est plus une métaphore. Et celui qui s'écria dans les Tarahumaras : "Je suis retourné à la terre", dessine ici ce chemin qu’il ne quittera plus. "Tout est présent en moi sans voyage et sans retour" écrit celui qui se sent toujours pris dans les mâchoires d'un carcan.
Il n'a plus besoin de faire appel - comme il le tenta - à la prière de Mathieu dans le Nouveau Testament : "Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation". La tabula rasa est dressée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Antonin Artaud, Les nouvelles révélations de l'être, Fata Morgana, février, 2019, 48 p.-, 12 euros

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