Florence Grivel et Julien Burri : tout feu, tout glace

Florence Grivel et Julien Burri aiment ce que le froid construit. C'est l'inverse de la chaleur qui  - elle - défait les mailles du réseau cristallin de certains délices. Si bien que le temps s’enfuit et coule des doigts. La glace comme certaines humeurs glacées à l'inverse  scintille, remplace des objets déconnus par des couleurs et des émois qui ne se révèlent que plus tard.

Ces reliefs de pensée comme ceux des crèmes glacées ont longtemps nargués la mémoire du poète. A ses cotés Florence Grivel façonne et tasse à sa main bien des correspondances.  Existe toute une manière d’appeler la réalité et d’épeler le temps. Et ce à travers ce qui se déguste yeux ouverts, yeux fermés.

Le délice prend le temps de passer l’écluse que les deux créateurs lui concoctent. Il possède alors des couleurs aux affres complexes. Car la glace donne des formes pour mieux les défaire. Elles s'inclinent peu à peu  en nectars vers la lumière intérieure. Le silence se fait.
Mais Burri le ranime.

Il arrive que déguster de tels entre-mais laisse un chat dans la gorge. Mais très vite et sur le clavier bien tempéré des sens tout ronronne et caresse. Petit bonheur d'un sou (ou presque). En plein été l’hiver, en plein hiver l'été.

Dans un tel plaisir (et un tel livre) tout oscille entre le retrait pudique et le crime abstrait, entre l'orgasme de la substance et le solipsisme des parfums. Le plaisir se prend par les dents ou se laisse glisser déboulonnant en sirop toute pensée afin qu'elle devienne un sucre lent. C'est, lecteurs, pour vos doigts et votre palais un café liégeois à la mode vaudoise.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
 

Florence Grivel & Julien Burri, Ice & Cream – Humeurs glacées, coll. So / So, Art&Fiction, novembre 2014, 66 p.-, 25 €

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