Rosy Lamb : éros en Saturne

A la célébration  du corps ne répond pas forcément l’harmonie du monde. C’est pourquoi Rosy Lamb l’ « efface » en partie. Ne reste souvent qu’un portrait vêtu de nudité, de  mots brisés de corps où chaque femme semble née d’une perle mais aussi d’un abandon. Une aube éteinte s'avance sur le tableau  dans l'attente du déjà su et depuis toujours accompli.


La peintre américaine installée à Paris « parle » à travers ces corps, y vit à découvert en complice de leur destin.  En même temps chaque portrait tente d’ouvrir la nuit au jour dans le rêve de ne pas en être l’otage mais de lui offrir une lumière argentée et diaphane.

 

Creusant le nu en dehors d’un pâle imaginaire du fantasme Rosy Lamb fait de ses portraits des lieux privilégiés de l'exploration au carrefour du monde extérieur et du  monde profond. Surgissent non seulement une face cachée (nocturne) du sexe mais surtout celle de l’être dans son essence.

 

Quant aux effacements programmées il pose la question du devenir de l’image, de ce qu’on peut y « voir » lorsqu’elle échappe. Que voit-on dans cette sorte d’  « ombre » ? Dans quelle mesure affecte-t-elle la visibilité du monde et son intelligibilité ? Liant le visible et le biffé l’artiste répond en engloutissant le regardeur pour le conduire de l'obscur à l'illimité.

 

Le tableau oblige à discerner une peur dont il faut apprendre à reconnaître les arpents de lumière arrachés à l’obscur et à comprendre cette clarté qui couve de cendres la nudité inachevée et encore incandescente. Cela ne peut  laisser en  l'entente tacite avec le mystère d’une peinture en abyme. Elle rend le regardeur égal aux solitaires que l’artiste propose au regard, à l’émotion et à la méditation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


La Galerie Guido Romero Pierini et Lei Dinéty présentent "Dans l'air mûr", les peintures et sculptures de Rosy Lamb du 12 au 15 juin 2014 à l'Espace Joseph, 116 rue de Turenne, 75003 Paris. 

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