Otto Freundlich, une méditation en couleurs cosmiques

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C’est un destin à l’acharnement froid, aveugle, odieux, implacable qui serre dans son étau, cran après cran, cet artiste. Discriminé, persécuté, dénoncé, interné, traqué, déporté, assassiné ! Parce que Juif. Engagé dans la bataille politique et le combat pour une plastique nouvelle, à tout le moins autre que celle prônée par le pouvoir en place, Otto Freundlich représente l’ennemi pour le IIIe Reich. L’art dit dégénéré qu’il conçoit est considéré comme coupable, parce qu’avec d’autres artistes, ils sont inspirés par la folie, c’est à dire l’expressionnisme, le cubisme, le futurisme, le dadaïsme. Condamnés donc « Kirchner, Pechstein, Heckel, Nolde, Müller en tant que membres de Die Brücke fondé en 1905 ; Kandinsky, Marc, Kokoschka fondateurs du Blaue Reiter en 1911 ; Müller, Rolfhs, Belling, Adler, Felixmüller, Freundlich pour leur participation au Novembergruppe en 1918 ; Feininger, Itten, Klee, Schlemmer pour leur engagement dans le Bauhaus à partir de 1919 ; Hausmann et Grosz pour leur participation au mouvement dada au début des années 1920 ».

 

Malgré ce drame vécu en continu, Otto Freundlich (1878-1943) profite de moments intenses pour poursuivre son œuvre. De plus, pour tenir, les amitiés l’accompagnent et le soutiennent. En 1938, un « Comité d’Action » dans lequel figure le nom de Max Ernst s’engage en faveur de Freundlich afin d’acheter une de ses œuvres, car, dit le texte, l’artiste « vit à Paris dans des conditions si pénibles et douloureuses qu’il lui arrive de ne pouvoir acquérir les couleurs indispensables à la réalisation de son art ». Autre décision du Comité : acquérir par souscription un tableau pour l’offrir au musée du Jeu de Paume. L’appel est signé, entre autres noms, par H. Arp, G. Braque, A. Derain, R. et S. Delaunay, A. Gleizes, W. Gropius, W. Kandinsky, O. Kokoschka, F. Léger, P. Picasso ! Quel hommage rendu à l’homme et à l’œuvre. Freundlich trouve aussi des lieux qui l’accueillent ou l’inspirent, le Bateau-lavoir, Chartres, Auvers-sur-Oise, Saint-Paul-de-Fenouillet.

 

Son esprit de créateur de formes et son talent d’agenceur de couleurs composent ainsi un vaste ensemble qui s’aventure sur les chemins de l’abstraction - disons plutôt comme lui la non-figuration - et s’oriente vers la prise de conscience d’un univers immense au centre duquel un homme nouveau apparaît. La grande mosaïque de 1919, La Naissance de l’Homme, est au cœur de l’exposition qui retrace la démarche sans cesse inventive de ce représentant majeur de l’avant-garde de l’époque. Dans une espèce de tournoiement dynamique de jaunes, de bleus, de bruns percés de rayons verts, évoquant un cycle cosmique, une haute, curieuse et puissante stature masculine semble surgir d’un chaos qui s’ordonne autour d’elle, comme pour lui ouvrir un espace dilaté à l’infini. L’œuvre est déposée aujourd’hui au nouvel Opéra de Cologne.

 

Ce qui fascine Freundlich, ce sont les éclats de lumière qu’il transpose en tourbillons iridescents, repris notamment par les pastels dans des variations d’une grande fluidité où le passage de la main et de l’esprit se devine. L’Oeil cosmique, de 1921-1922, est un véritable cyclone de tonalités pures qui depuis son centre fait plus qu’attirer le regard étranger, voire l’envoûter. Il l’aimante comme pour le capter et l’absorber. Cette même empreinte de la main qui est la marque de celle de la pensée signe et pénètre, mais dans un registre opposé, la force et la masse de ses sculptures.  

 

Reprenant une à une les étapes de son parcours, illustrant les différentes techniques - peintures, aquarelles, sculptures, gravures, pastels, vitraux - qu’il a utilisées, l’ouvrage auquel ont collaboré plusieurs spécialistes, retrace la carrière d’un « artiste-clé du XXème siècle, trait d’union entre la France et l’Allemagne, oublié dans ce dernier pays, inconnu dans le premier ». Effectivement, « la réception de son travail et son rôle de pionnier du modernisme sont presque complètement oubliés aujourd’hui ». Les voilà rétablis.

 

Ces pages constituent un bon guide pour suivre un itinéraire où l’esprit se relie à la matière. Aux pieds des tours de la cathédrale de Cologne, il s’agit de la première rétrospective de cette importance depuis une quarantaine d’années. Elle met en avant les approches conceptuelles de Freundlich en matière esthétique conduisant à sa démarche sociale. Plus de frontières entre les couleurs et les formes afin que ne restent que leurs harmonies. De même, l’homme et l’univers sont-ils appelés à fusionner. Si on peut penser aux notes peintes de Paul Klee, à l’Orphisme de Robert Delaunay, aux champs imbriqués en vives couleurs de Poliakoff, il apparaît qu’Otto Freundlich possède un langage résolument personnel. « L’abstraction pour lui n’était pas une auto-réflexion sur le medium. Elle était le miroir des processus complexes de la nature et de la société. L’art était, à ses yeux, en avance sur le temps ».

 

Dominique Vergnon

 

Sous la direction de Julia Friedrich, Otto Freundlich, un communisme cosmique, éditions Prestel, 352 pages, 250 illustrations, 33,5x29 cm, mars 2017, 49,95 euros (en anglais).

 

www.museum-ludwig.de; jusqu’au 14 mai 2017

  

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