Les engagements esthétiques d’André Claudot

Radical dans ses options, fidèle à ses choix, André Claudot s’est tout au long de sa longue existence engagé de plusieurs manières et dans de nombreux domaines, devenant un anti...assumé ! Il était ennemi de tous les jougs notait en 1933 dans la revue Mobilier & Décoration Yvanhoé Rambosson, poète et critique d’art. Comme pour faire écho à ces mots, mais cette fois saluant l’artiste, un autre historien de l’art, également conservateur, Michel Florisoone, deux années auparavant, toujours en parlant de Claudot, écrivait dans L’Art et les Artistes, une revue fondée en 1905 et qui disparut en 193 9: Un bourguignon de Dijon qui revient de Chine n’a qu’un désir, y retourner…
En haut des pages de ces publications, reprises comme on peut le voir sur les deux illustrations figurant dans cet ouvrage où se lisent ces extraits, deux tableaux montrent des vues de Chine, Essaims de misère, Pékin, et Le temple de la lune d’automne sur le lac paisible, (maison du peintre à Hang-Tchéou, 1930).  

 

 

Voilà donc les deux ancrages d’André Claudot (1892-1992). D’un côté la Bourgogne dont il peint en couleurs vives, contrastées, par touches rapides et précises la campagne (La Vigne, 1935 ; Clocher de Couchy, 1938) et les habitants (Paulette et Petit Louis, 1937), une région dans laquelle plongent ses racines de façon si prégnantes qu’il y reviendra toujours.
De l’autre, la Chine, une période de grande aventure pour lui occupant dans son œuvre une place éminente, originale, d’un intérêt manifeste tant l’œil de l’artiste, trouvant dans ce pays des sources nouvelles d’inspiration, a réussi à capter la vie locale et à la restituer dans son intégrité, son quotidien, ses fêtes et ses labeurs (Porteur d’eau, neige, huile sur toile de 1927). Que ce soit à l’huile, à l’encre et l’aquarelle, à l’encre de Chine, au fusain, au crayon monogrammé, il y a une vivacité des traits, une assurance dans les reliefs, un sens des mises en scènes qui permet de mesurer combien André Claudot a observé avec attention durant son séjour ces territoires nouveaux pour lui, les habitants et leurs costumes, les pêcheurs dans leurs attitudes les plus familières, les édifices et leurs décorations.
Ces tableaux occupent dans l’ensemble de son œuvre une place importante et apportent des témoignages majeurs sur une époque révolue. À cette époque en effet, la Chine qui avait proclamé fin 1911 la République traversait des moments difficiles, tant internes qu’externes, entre une terrible famine survenue quelques années auparavant, le Guomintang de Sun Yat Sen et l’expansionnisme japonais.

 

Complétons le portrait de ce peintre militant et itinérant par ce que Michel Florisoone écrivait ensuite : Un rêveur, un poète, un misanthrope ? Non pas. Pas exactement. Mais un indépendant farouche, un travailleur doué d’une énergie rare et d’une volonté intransigeante, qui se cachent toutes deux sous une souriante bonhommie et un air bon-vivant puisés sur les coteaux du Dijonnais. Un homme qui n’a pas craint, par amour pour son art, ni la misère dans les faubourgs parisiens ni la détresse dans ceux de Pékin, ni les obus des fronts de France ni le couperet des soldats chinois. Un caractère qui n’a jamais su se plier mais une âme saine et sincère, ingénue même et timide trop souvent, toujours confiante et enthousiaste.

Comme souvent, mais sans doute de façon plus évidente encore, l’œuvre trouve dans les événements de l’existence sa matière et sa manière d’en exprimer les étapes. Les engagements esthétiques d’André Claudot sont le miroir des événements historiques, en particulier les guerres dont il traduit non sans humour parfois les violences, pour reprendre les mots de Bertrand Tillier. C’est l’évènement qui me détermine à faire des compositions dites engagées, selon le terme à la mode, avait dit Claudot.
Ces tableaux exécutés de façon expressionniste, proches des Fauves, écho au style de l’École de Paris, mettent en évidence le jeu de formes heurtées, d’aplats brutaux et de perspectives déréglées et constituent un langage de la provocation et de la transgression qui n’est pas tout à fait celui des artistes de sa génération. C’est pour cela que sans conteste, il se situe à part, comme en marge des courants dominants, rebelle et convaincu.

Avec pertinence, clarté et intérêt, l’abécédaire permet de suivre un parcours presque d’un siècle où les ruptures ne manquent pas et où les rencontres sont multiples, de François Pompon à Maximilien Luce en passant par un personnage important dans ce cheminement, le peintre chinois Lin Fengmian (1900-1991).
Ces pages, qui accompagnent l’exposition présentée au musée des Beaux-arts de Dijon jusqu’au 20 septembre 2021, offrent un gros plan sur un peintre oublié, à découvrir dans la double liberté de la pensée et de la main.

 

Dominique Vergnon

Jessica Watson (sous la direction de), André Claudot, la couleur et le siècle, 220 illustrations, 201 x 270, In fine éditions d’art, juillet 2021, 272 p.-, 35 euros

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