Instants ravis de Jacques Ibanès

Le titre est trouvé écrit Jacques Ibanès à la page 45 de ce fort rafraîchissant et à la fois profond recueil dont le genre n’est pas le récit, ni le poème ou le paradis des fables, mais un subtil heureux mélange des trois, il me semble ; cela dans une typographie, si je puis écrire, atypiquement adaptée.

Instants c’est l’irruption du présent
ce présent dont la fonction est de mourir
pour naître pour mourir à nouveau
et renaître nécessairement

Et ravis car saisis à la volée
dérobés à l’oubli mais aussi
enchantés

Capturer l’un de ces moments heureux ou pas
et le fixer au lieu de le laisser s’assoupir puis disparaître
déclare en substance l’auteur, livrant par là clairement la nature et le sens de sa perspective d’écriture.
Fruits d’un seul et unique été mûris chacun à cœur en sa thébaïde de Castans sise face à la Montagne noire, l’un après l’autre très diversement graves ou savoureux, ces Instants ravis (répétons-le, dans les deux sens de l’adjectif) composent le généreux partage d’une méditation active en regard du temps qui, lui, sans cesse fuit à tire-d’aile et nous dépasse inexorablement telle une colombe énorme, démesurée, et si rapide en son vol qu’elle stupéfie toujours autant – y compris les indifférents ! – ici et là, en chacune des quatre saisons de la vie.
Pages qui sont donc aussi une convaincante invite à découvrir par nous-même, mettre en œuvre et goûter les puissantes et salutaires qualités d’émerveillement du présent ou des remembrances, sans rien en laisser perdre au passage, aussi furtive qu’en soit parfois la lumière projetée sur l’écran intérieur à l'instant décisif.

Juste pour marquer avec reconnaissance
Le privilège d’être au monde et
D’en célébrer la beauté et la joie

Et des artistes sont là, présents, présences, alliés substantiels dans cette aventure exaltante. Dom Robert, moine, tapissier, peintre, céramiste, Henri Guérin, verrier, vitrailliste, et le vieil Ernest Hemingway pris tel jour en stop, par exemple, du côté d'Aix.
Aveugles de naissance, autant que nous sommes ! Mais un regard aimant, enthousiaste et fervent, peut nous être solide, quotidien et inspirant bâton d'un pèlerinage où Chronos, se faisant alors tutélaire, charmeur, onirique – que sais-je encore ! –, n’a alors forcément plus grand chose de linéaire comme dans l'ancien monde dont on s'éloigne ainsi par l'écriture ou par tout autre moyen adéquat de plus grande et plus réelle présence au monde. La physique quantique disant aujourd’hui de même, dans le droit fil et au parfait diapason de certains poètes au grand cœur, parmi lesquels Jacques Ibanès.

André Lombard

Article connexe : Pour Jacques Ibanès, Hokusai s'est remis à dessiner le mont Fuji

Jacques Ibanès, Instants ravis, L'An Demain éditions, 8 avenue Victor Hugo 34200 Sète, contact@landemain.fr, mai 2024, 85 p.-, 15€

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