Irma Blank et l'image langue

Sans doute a-t-on trop souvent parlé de l'image  comme d'un produit d'une fabrication rhétorique à point venu pour illustrer ce qui a été déjà perçu ou pensé par ailleurs, ou comme d'un cas particulier de l'usage établi du signe plastique et de son fonctionnement utilitaire. Irma Blank fait le ménage dans ce domaine. Refusant l'emploi souvent abusif du terme image pour désigner non seulement les figures par ressemblance, Irma Blank propose des figures d'anomalie sémantique loin d'un effet d'analogie ou de mimésis.
Ni simple reflet des mondes extérieurs, ni seul projet du moi profond du créateur, l'oeuvre devient meilleure formulation possible d'une réalité absente de laquelle elle est inséparable et avec laquelle seulement elle prend sens.
Cette image vraie est aussi contemporaine de sa création, lieu d'avènement et productrice d'un langage : elle est un phénomène d'être, un des phénomènes spécifiques de l'être créateur. À travers l'image et l'Imaginaire, surgit un fantastique jeu d'attraction-répulsion. Tout se joue dans ce mouvement qui jouxte au plus près l'énigme de l'être et où l'image phénomène d'être prend un sens particulier.  

Jean-Paul Gavard-Perret

Irma Blank, Blan, textes de Johana Carrier et Joana P. Neves, Douglas Fogle et Miriam Schoofs, interview de Hans-Ulrich Obrist, MAMCO éditions, Genève, 2023, 336 p.-, 32€

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