Le crépuscule qui vient ou le coup d'État permanent

Quinze mille morts par an à cause du chômage, n’est-ce pas plus violent que la mise à sac du Fouquet’s ? Le malheur qui frappe plus de neuf millions de Français tous les jours ne passe pas sur les antennes de BFM-TV ou CNews. Aucun choc émotionnel en direct pour le bourgeois… Le mépris de classe, l’aberration des mesures prises à Bruxelles, le déni de la démocratie depuis le camouflet de Sarkozy sur le referendum font qu’il n’y a plus de consentement. Le peuple a pris conscience qu’il ne compte plus, qu’il n’a jamais compté, finalement, dans l’échafaudage de cette société technocratique qui ne vise qu’à construire un espace sécurisé pour y développer le consumérisme à outrance. La démocratie ne peut aller contre les décrets, affirme Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.
Pour cela a été dépêché un fondé de pouvoir choisi depuis des années, nervi des oligarques qui ont patiemment tissé leurs fils pour noyauter le pays : Emmanuel Macron. Un travail en coulisses que personne – ou presque – ne veut évoquer. Sauf un. Un jeune homme privilégié de par sa naissance, son parcours (l’école Alsacienne, Science-Po, l’ENS, docteur en droit et en philosophie) et qui… ne joue pas le jeu des nantis. Seulement épris de justice – et non affairiste – il commença sa jeune carrière, en 2012, comme directeur de cabinet d'Aurélie Filippetti avant d'être remercié une fois Hollande en place (déjà pour insubordination ?) ce qui lui ouvrit bien vite les yeux et l'incita à être par la suite l'avocat de Julian Assange. Il publia aussi quelques papiers bien sentis dans Le Monde diplomatique et se laissa emporter par l’idéal humain qui se cache derrière les Gilets jaunes.

Brûlot écrit en quelques semaines, un premier jet lu par des dizaines de milliers de lecteurs sur le Net, ce livre est oublié des grands chroniqueurs mondains de la presse nationale (sauf du Figaro). Bien entendu l’omerta règne sauf, une fois encore, sur le plateau de Là-bas si j’y suis (entretien à écouter dans son intégralité tant il est édifiant de précisions) où l’on comprend donc pourquoi Radio France préféra se séparer de ce Daniel Mermet qui refuse de se taire et continue à donner la parole aux empêcheurs de tourner en rond.
Comme il le rappelle, il n’y a aucun génie particulier chez Juan Branco, seulement un esprit critique et curieux, qui recoupe des faits, détricote la pelote et met à jour ce que n’importe quel journaliste à peu près compétent aurait trouvé tout seul. Sauf que. La presse n’est plus libre car elle est détenue par les mêmes oligarques qui ont mis Emmanuel Macron sur le trône (90% de la presse tenue par dix milliardaires - qui vont jusqu'à réunir au Ritz, pour un dîner, les grands patrons de la presse, pour bien leur montrer qui décide, à qui ils doivent leur salaire). Juan Branco a subi cette censure : une enquête d'un an, commandée par Le Monde sur les deux milliards disparus dans l'affaire Areva : jamais publiée car il fallait sauver le soldat Lauvergeon.
Il aura donc fallu qu’un jeune intellectuel s’empare du sujet et nous livre ici le résultat de son extraordinaire enquête. Imparable. Du vitriol mais tout est vrai, c’est bien là le problème…

Car en 2014, quand Juan Branco était encore un jeune plein d’avenir que les oligarques draguaient, il se retrouva à l’un de ses dîners organisés entre futures élites sous l’aura d’un oligarque. En l’espèce, Xavier Neil, qui cherchait ses prochains chevaux de Troie qui allaient incorporer les grands corps de l’État, et il s’amusa à frimer en affirmant que le prochain président serait Emmanuel Macron, que la machine était sur les rails… 2014 ! Il n’était alors que secrétaire général-adjoint de l’Élysée, inconnu du grand public. Sauf que Neil et Macron se connaissaient : le second ayant aidé le premier à acheter Le Monde. Comme il favorisera la reprise de SFR par Drahi.


Non, l’enfant d’Amiens ayant fui à Paris pour vivre un amour impossible ne fut pas seul, dès le début il attira sur lui le regard bienveillant des oligarques qui l’aidèrent à se constituer un petit patrimoine, le plongèrent dans le grand bain chez Rothschild et le propulsèrent dans les pattes de François Hollande pour intégrer le sérail dont il allait prendre la tête dans une opération commando comme rarement on en vit. Presse aux ordres, communication tenue (Brigitte Macron n’enseignait pas dans un lycée populaire comme le veut la légende, mais dans le lycée parisien, Franklin, avec comme élèves Frédéric et Jean Arnault) par une femme sans scrupule au casier judiciaire bien rempli, cette Mimi Marchand qui ose se pavaner devant le bureau élyséen – démontrant l’irrespect absolu pour la fonction présidentielle, preuve ultime que le coup d’État a bien eu lieu. Macron n’est pas un président, il est l’homme de paille des oligarques qui ont financé sa campagne, et dont ils récupèrent désormais les dividendes avec notamment cet ISF aboli dans les premiers jours de la mandature… Plus les ordonnances Macron qui achèvent de casser le Code du travail, plus... plus...
Ce gouvernement est gangréné par l'entre-soi, il y a de la consanguinité à tous les étages, Juan Branco détaille les filières de recrutement, les alliances malsaines, les connivences entre corps constitués, les détournements moraux et éthiques, les subtilités dans les nominations, les influences, les retours d'ascenseur... Tout un ensemble qui donne le tournis tant les mailles sont serrées et cet aréopage d'énergumènes qui ont pris les commandes du pays fait froid dans le dos.
Mais les Français ne sont pas dupes : le sondage yougov du 4 décembre 2018 affiche 48% pour la démission d'Emmanuel Macron et 57% pour la dissolution de l'Assemblée nationale...

On s’amusera aussi de découvrir l’intimité qui prévaut dans ces cercles qui se croisent et s’imbriquent si parfaitement, car Juan Branco franchit l’ultime tabou, retourner le manteau de vertu dans lequel se drape les commentateurs pour justifier le fait de ne pas aller trop loin. Mais c’est de petite vertu que l’on parle, car un homme public n’a pas de vie privée dès lors que sa compagne – voire son compagnon : Attal propulsé plus jeune ministre de France en n'ayant qu'un stage à la villa Médicis à son actif, tout cela grâce à Séjourné, son conjoint, l'un des plus proches conseillers de Macron – travaille dans la même sphère d’influence, on comprend très vite pourquoi ces dames gardent leur nom de jeune fille. Un exemple parmi cent : Agnès Busyn, l’actuelle ministre de la santé, se nomme au civil Agnès Lévy, histoire de faire oublier que son mari est président de l’Inserm, n’y voyez-vous pas un conflit d’intérêt ? Lequel se cristallisa quand elle appuya le renouvellement de son mandat, ce qui déclencha une tempête pour favoritisme où elle osa mettre sa démission dans la balance (au lieu de s'investir à sauver les maternités de campagne), valida la reconduction du mandat de son cher époux, lequel finit par jeter l’éponge tant le scandale menaçait de décrédibiliser l’institution (on lui trouva pour le remercier de ce noble geste un poste de conseiller spécial, histoire qu’il ne reste pas sans le sou – sic).

 

 

Dans cet inventaire à la Prévert, nous avons donc Plenel qui ne rebondit pas lors de l'entretien présidentiel lorsque Bourdin attaque le président sur son amitié supposée avec Niel et Arnault (Je n'ai pas d'amis, répond Saturne) car la femme de Laurent Mauduit (responsable des enquêtes à Médipart sur les oligarques) est alors directrice de la communication chez Carrefour (dont le principal actionnaire est... Arnault) ; sans oublier que Niel a pris des parts dans Médiapart, discréditant d'autant le journal... RTL & M6 qui ne disent rien, tenus par le même groupe dont Delphine Arnault est membre du conseil d'administration. Etc.
Édith Chabre (madame Philippe) propulsé à la tête de Science-Po après que son mari accorde des fonds pour l’antenne du Havre (dont il était maire avant de devenir Premier ministre) ; la belle-fille de Jean-Pierre Jouyet qui devient directrice-adjointe du Quai Branly à… vingt-cinq ans ; le fils Le Drian nommé à vingt-neuf ans à l’un des postes les plus importants de la Caisse des Dépôts… etc. etc.
Sans oublier l'esprit qui habite les députés de la REM et tous les collaborateurs de l'ombre qui n'ont aucun, mais alors aucun sens de la réalité : hors-sol est encore trop faible pour décrire la caricature qu'ils incarnent, ce que confirme le livre de Vincent Crasse qui vient de paraître : le parti est un "Disneyland pour bobos" où la dimension ludique semble l'avoir emporté sur tout le reste. Le côté start-up un peu régressif des débuts se voit multiplié à la puissance mille. Des open-spaces à foison (bientôt complétés par des cloisons parce que finalement, c'est mieux), une salle de sieste avec des gros poufs, une salle de détente avec billard et baby-foot, et une salle de sport. Partout des couleurs vives, des fruits frais le mercredi, un distributeur de friandises bio, sans oublier le "brown bag" lunch du jeudi midi, une sorte de réunion à l'heure du déjeuner où il faut amener son sandwich – pardon, sa salade de quinoa. Ajoutez les cours de yoga, la célébration des anniversaires et les cadeaux à 10 euros à Noël et la caricature est complète."
Comment voulez-vous que de tels fats soient en capacité à gouverner, à conseiller, à émettre les idées de demain pour un pays qui est encore à majorité rurale. Hé oui, tout le monde ne vit pas dans une grande ville : sur 38 000 communes, 25 000 comptent moins de mille habitants, dont 15 000 moins de cinq cents. La problématique bobo des trentenaires n'a rien à voir avec les préoccupations des Français qui vivent en région ! La coupure avec le peuple est aussi là...

Il y a une colère qui sourd à la lecture de ce pamphlet tant la collusion s’applique à tous les niveaux du gouvernement, et l’on sent bien cette horreur qui nous guette, ce possible basculement car, comme l’écrit très justement Denis Robert dans sa préface (puis sur Facebook, le 8 avril 2019), rien de ce qui est proposé n’est défendable. Ce qui est horrible, c’est autant le programme économique et fiscal que la manière avec laquelle on nous l’enrobe et la lutte des classes qui profile…
Nonobstant, nous devons persévérer vers un optimisme constructif puisque la destruction physique du pays n’est pas une option. Nous devons œuvrer tous ensemble pour l’avènement d’une sixième république, prenons en cela exemple sur les États américains qui ont des constitutions rédigées par les citoyens, la preuve que la démocratie participative fonctionne ! Car c’est en espérance que nous sommes sauvés, rappelle Saint Paul, non dans le chaos qui ne sert que les intérêts des oligarques qui s’enrichissent toujours plus sur la misère humaine.
Mais avant tout ça, il faut débarquer cette clique qui nous dirige… car ils sont la corruption incarnée. Génération vidée de la moindre idée, issue d'un seul et même milieu, incarnée par des êtres mièvres et arrogants. Dans ce conglomérat de crapules, nulle idée géniale, aucune ambition pour le bien commun, pas l'once d'un engagement, ni les prémices d'une éthique à mettre en œuvre, rien que l'entre-soi pour préserver des acquis hérités... Tout pour le pouvoir.
Le salut par les Gilets jaunes ?

François Xavier

Juan Branco, Crépuscule, préface de Denis Robert, Au diable vauvert/Florent Massot, mars 2019, 320 p.-, 19 €

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