La Destruction du Parthénon ou le miroir de l’absurde

Ce (très) court roman qui s’apparenterait plutôt à une nouvelle peut se voir comme une fable politique : un jeune homme en phase dépressive applique au pied de la lettre la sentence des Surréalistes grecs lancée en 1944 : faire sauter le Parthénon ! Même si « la profanation du sacré est la tâche politique de la génération qui vient » (Giorgio Agamben) il y a divers manières de comprendre une maxime. Métaphoriquement cela s’entend, sinon la tache sera indélébile et l’œuvre inaboutie, pour peu qu’elle n’ait jamais eu d’avenir. Remettre en question les acquis est sans doute plus un devoir qu’un droit, mais raison garder se doit d’être le fil rouge de toute action politique sinon, comme l’a déjà démontré et la physique et l’Histoire, la révolution ne conduit à rien d’autre qu’au point de départ si honnis même si les apparences peuvent être trompeuses et parvenir à convaincre des troupeaux de sots… Car les plus grandes transformations se sont toujours réalisées à la marge – c’est dans le détail que tout se joue !

 

Nonobstant, Ch.K. a bel et bien fait sauter le Parthénon, emblème magistral par nature, majestueux par obligation touristique et donc mercantile, malheureux pour l’histoire de la Grèce qui s’est considérablement réduite à une seule et (toujours) même icône de pierres vieillies, polluées, salies physiquement et moralement par des hordes de touristes hirsutes et incultes qui ne verraient aucune différence entre un temple romain et un temple athénien. Bref, s’il est (grand) temps de faire quelque chose, peut être qu’un tel acte aussi radical ne s’imposait-il pas si brutalement. Or, Ch. K. alla bien jusqu’au bout de son idée, ancré dans sa certitude que seules les conséquences valent que l’on commette un acte, quel qu’il soit… Et la réaction des autorités ne se fit pas attendre.

 

Narrée à la manière d’une enquête journalistique, avec témoignages vidéos et/ou audios, documents d’archives et extraits du carnet intime du terroriste, l’histoire contée par Christos Chryssopoulos ouvre à la réflexion sur le pourquoi d’une sempiternelle et béate admiration systématique pour les vestiges, adoration de la pierre comme seul témoin d’un passé « glorieux » quand l’Institution s’évertue à grands frais à réécrire l’Histoire, politique négationniste qui n’émeut personne : pensez donc, faire un cliché du Parthénon avec son pouce ou lire, comprendre et retenir des dizaines de pages en rapport avec la société hellénique, il n’y a pas photo !

 

Nul besoin donc de détruire le Parthénon, les gouvernements s’en chargent : la mémoire des peuples n’est plus, l’Histoire une broutille dans les programmes scolaires, l’Éthique et l’Esthétique des sujets désuets que la philosophie n’ose même plus aborder en salle de classe, alors, tout va bien, mes amis, tout va mieux. Soyez heureux. Ne pensez pas. Contentez-vous de faire

 

François Xavier

 

Christos Chryssopoulos, La Destruction du Parthénon, traduit du grec par Anne-Laure Brisac, Babel n°1383, Actes Sud, mai 2016, 96 p. – 5,80 €

 

Première parution : Actes Sud, 2012

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