La Beauté Bud Powell

"Fantastically important, and great" (Keith Jarrett)


Ni vraiment un essai ni vraiment un roman, Jean-Baptiste Fichet propose avec La Beauté Bud Powell une ballade dans l'univers si rare et si précieux du pianiste de jazz toujours admiré par les esthètes mais largement oublié par le grand public qui lui préfère, quand il s'intéresse à cette époque, un Thelonius Monk, son "frère" dans la famille bebop. 

"He laid down the basis of modern jazz piano"
(Dizzy Gillespie)

Earl Rudolph Powell dit Bud Powell (1924-1966) est le pianiste associé le plus souvent à Charlie Parker, il fit avec son piano des lignes mélodiques et harmoniques qui transposaient les solos et l'esprit be-bop du maître du saxophone ("I want to make the piano sound just like Charlie Parker. Man, I really got it goin' "). Cette liberté absolue et son incroyable vélocité (main droite, la gauche étant occupée à poser des harmoniques) en font un des plus grands pianistes de son temps, ayant su incarner mieux que nul autre sans doute cet esprit si novateur qui impressionna longtemps l'histoire du jazz et fit oublier les prédécesseurs pourtant si puissant (on pense à un Art Tatum...). 

"Bud is a genius"
(Charlie Parker)

Remis d'une série d'hospitalisation, Bud Powell vient en France à la fin des années 50, et c'est là que Jean-Baptiste Fichet commence son récit, remontant par touches poétiques sur son passé et trouvant toujours les mots justes pour parler musique sans braire d'un vocabulaire abscons. Truffé d'anecdotes et de références, conçu comme une traversée thématique de la vie et de l'oeuvre du pianiste, La Beauté Bud Powell rend grâce à son génie et à sa créativité. 

"Bud was the most brilliant that a spirit might be, a unique genius in our culture".
(Max Roach)

Ce livre pourrait être le pendant du film de Bertrand Tavernier Autour de Minuit (1986) qui est un hommage à Bud Powell et à Lester Young. Il y règne cette même magie de nuits offertes à la musique et du dépassement de soi dans chaque phrasé ! et Jean-Baptiste Fichet d'offrir un magnifique tombeau au jazz et à l'un de ses plus fidèles serviteur malheureusement trop peu écouté aujourd'hui.


Loïc Di Stefano

Jean-Baptiste Fichet, La Beauté Bud Powell, Bartillat, janvier 2017, 208 pages, 17 eur

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