"Kid Eternity", Comment relancer un héros?


 

Jeunesse d’un auteur

 

Avant de devenir le scénariste à succès de la JLA, des X-Men et de Batman, l’écossais Grant Morrison a, lors de son arrivée sur le marché des comics américains, été un membre du label Vertigo chez DC Comics. Vertigo avait été conçu pour attirer un public plus adulte,  plus exigeant et a permis à de nombreux auteurs britanniques, dont Alan Moore sur Swamp Thing, de faire leurs premières armes aux Etats-Unis. Grant Morrison y a travaillé sur les séries Doom Patrol (à quand une traduction ?) et Animal Man (idem). En 1991, il travaille sur Kid Eternity, mini-série publiée en format « prestige ». Le personnage avait été créé en 1942 par Otto Binder et Sheldon Moldoff chez Quality comics. Le catalogue des héros de Quality est acquis par DC dans les années 1970 et le personnage se retrouve alors associé à Captain Marvel et à sa nombreuse famille, visiblement sans grand succès.

 

Pour la première fois, Grant Morrison se voit confié la relance d’un héros, mineur certes. On va voir que c’est pour lui une occasion d’une part d’utiliser ses « méthodes » et d’une autre part d’étaler certaines de ses obsessions.

 

Stand-up et magie

 

Jerry Sullivan est un humoriste qui essaie de percer lorsqu’il est victime d’un accident de voiture qui l’envoie gravement blessé à l’hôpital. Mourant, Jerry se remémore les dernières heures avant l’accident : une soirée branchée où il croise une superbe jeune femme prénommée Val, des discussions oiseuses et des monstres qui surgissent de tableaux d’art contemporain pour dévorer les participants. … Sa conscience se retrouve réceptive face au Kid, entité née d’un enfant tué pendant la seconde guerre mondiale et renvoyé sur Terre par le Paradis pour contrer les méchants. Prisonnier pendant 30 ans en enfer, le kid a besoin de Jerry pour retrouver son compagnon, le gardien. Pendant ce temps, Val est pourchassé par un homme habillé en prêtre… Le Kid et Jerry descendent en enfer pour délivrer le gardin. Beaucoup de surprises attendent et Jerry et son compagnon…

 

Un moment charnière de la carrière de Morrison

 

Disons-le tout d’abord : il faut saluer le travail de Duncan Fegredo. Graphiquement, il est proche de ce que proposait Dave McKean dans Black Orchid et proche aussi de certaines expérimentations de Bill Sienkiewicz. C’est  le graphisme d’une époque et, certes, on peut détester ce type de dessin. Sur le plan du scénario, Morrison livre une histoire d’initiation, tant pour le comique Jerry que pour le Kid : chacun évoluera en fonction de ce qu’il apprendra sur son rôle dans le grand combat qui s’engage. Chacun est un pion dans le combat opposant ordre et chaos.

 

Dans Kid Eternity, il y a des idées caractéristiques de l’approche de l’auteur : il y a  l’idée de mot magique (comme pour Captain Marvel avec son SHAZAM) qui donne ses pouvoirs au personnage ; une phase de démythification nécessaire à la transformation du héros. Ce sont là des schémas que Grant Morrison réutilisera avec brio. On peut qualifier Kid Eternity de réussite mineure par rapport à l’ensemble de l’œuvre de son scénariste : reste que sa lecture est plaisante, palpitante et parfois angoissée (on salue ici le graphisme). A lire donc.

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Grant Morrison & Duncan Fegredo, Kid Eternity, Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Mathieu Auverdin, Urban comics, août 2015, 168 pages, 15 €

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