Logan

2029. Le monde a changé : les mutants n’existent pratiquement plus. Après la disparation des X-Men, Logan et Charles Xavier ont choisi de vivre cachés près de la frontière mexicaine. Le professeur Xavier est devenu sénile : une situation dangereuse car il possède les pouvoirs télépathiques les plus puissants de la planète. Logan travaille comme chauffeur pour gagner de quoi vivre et payer les calmants de Charles. Et surtout, il essaie de se faire oublier. Malheureusement, les ennuis ne tardent pas à le rattraper… Laura a été élevée dans un centre de recherche : elle est une victime d’expériences visant à transformer des enfants en super-soldats. Comme Logan, des griffes peuvent jaillir de ses mains. Et comme lui, elle a le tempérament farouche et sauvage. Laura s’est échappée quand le centre de recherche a été démantelé. Très vite, elle rencontre Logan, et ces deux-là se demandent s’ils ne partagent pas un peu plus que leurs pouvoirs. Pendant ce temps, un escadron de mercenaires mené par l’ignoble Donald Pierce est déjà sur les traces de Laura. Leur objectif : éliminer la jeune fugitive…

 

La Chair et le sang

 

Pour un film de super-héros, Logan est extrêmement violent. Pour une fois, le personnage est traité de manière crédible, et dès la première scène on comprend que le film sera particulièrement gore. Wolverine tranche des bras, découpe des têtes et transperce les corps de ses adversaires dans un déchaînement de fureur étonnant pour ce genre de film. Pour ma part, et là je parle de MA sensibilité, j’ai trouvé que l’on a poussé le curseur trop loin, surtout quand ce n’est plus Logan qui massacre ses adversaires, mais une petite fille. Pour ma part, je ressens toujours une certaine gêne à voir des enfants se livrer à des actes abominables. Mais il s’agit d’un ressenti personnel, de MA sensibilité comme je l’ai écrit, et ce déferlement de violence est pleinement justifié et cohérent par rapport à l’intrigue du film. Seulement, que fait James Mangold, le réalisateur, de cette liberté qui lui est offerte dans le traitement de la violence (le film est interdit aux moins de 12 ans) ? Pas grand-chose, malheureusement, puisque la plupart des combats ne sont qu’un décalque de la première scène du film. Je n’irais pas jusqu’à dire que je me suis ennuyé, ce serait mentir. Mais un peu de variété dans l’action et dans les situations n’aurait certainement pas fait de mal à ce niveau.

 

C’est quand justement James Mangold travaille ses scènes d’ambiance que le film prend une toute autre dimension. Quand il filme la chair meurtrie, comme ce passage où Logan expulse les balles de son corps, tremblant et grimaçant de douleur. La chair, il en est question pendant une bonne partie du film. Logan n’est plus aussi puissant que par le passé, son pouvoir mutant s’affaiblit. Charles Xavier n’est plus que l’ombre de lui-même, vieillard grabataire cloîtré dans les décombres d’un silo. Un vieil homme que l’on bourre de tranquillisant pour éviter une catastrophe télépathique mais aussi pour lui faire oublier les douleurs du passé. Les X-Men n’existent plus, le rêve n’est plus qu’un lointain souvenir. « La souffrance, c’est très rassurant, ça n’arrive qu’aux vivants ».

 

De chair, il en est aussi question avec Laura. Génétiquement, elle est la fille de Logan. Clonée à partir de son ADN, elle est d’une certaine manière à la fois une extension du corps de Logan et l’héritage qu’il va laisser au monde.

 

Grandeur et décadence

 

Pendant une bonne heure, James Mangold tient son sujet. Devant la belle intensité dramatique et narrative du film, on peut sans aucun doute penser que l’on tient là un des plus grands films de super-héros. Grosso modo, jusqu’à la scène du dîner avec la famille de fermiers. James Mangold prend soin de ne pas tout expliquer au spectateur. Il fait le pari de l’intelligence de son public. Il laisse des sujets dans l’ombre, libre à nous de combler les vides (que s’est-il passé exactement lors du drame de Westchester ?). Il glisse juste ce qu’il faut d’allusions pour comprendre les tenants et aboutissants. Dans le même ordre d’idée, Mangold fait aussi de Logan un film que traverse par moment les sujets politiques, qui parle des communautés et de la migration. Certains choix ne sont sans doute pas tout à fait innocents : les enfants victimes du centre de recherche sont tous des latino-américains ; et c’est une famille noire (les seuls personnages « bons et généreux » du film) qui accueille les héros. Ou la fuite, à pied, d’une minorité qui veut traverser la frontière rappelle l’actualité.

 

Dans Logan, Mangold fait encore une fois la preuve de son talent à mettre en image, à créer de l’image esthétique. Il déploie une ambiance mêlant western et post-apo à la Mad Max : grands espaces désertiques, soleil de plomb, bande de mercenaires mi-hommes mi-machines, colonnes de Hummer roulants dans la poussière, et « shérif » au bras robotique… Dans la série de comics Uncanny X-Men, le scénariste Chris Claremont utilisait déjà ce genre d’ambiance lors de la période « australienne » où les X-Men affrontaient les Reavers, des criminels faits (déjà) de chair et d’acier. Des codes cinéma et BD que le réalisateur réutilise et enchaîne avec succès, même si j’aurais aimé que les décors soient un peu plus travaillés. La retraite paumée de Logan a certes de la gueule, mais quel dommage d’être passé à côté du design du centre de recherche, ou de clore le film dans une forêt des plus banales !

 

Western, j’ai lâché le mot, et ce n’était pas innocent. Old Man Logan, la mini-série de Mark Millar (une des autres principales inspirations pour le film) empruntait déjà beaucoup à Impitoyable de Clint Eastwood. Et c’est justement dans la filmographie de « l’homme sans nom » (un peu comme Logan, finalement) qu’il faut selon moi aller chercher LA principale inspiration du film. Dans Un Monde parfait, Butch (Kevin Costner) et Philipp, un petit garçon, voulaient rejoindre la frontière, et dans leur cavale, une relation père-fils était alors en train de naître. Logan est aussi un road movie, où le déplacement des personnages reflète les profonds changements intérieurs qu’ils sont en train de vivre. Logan est un solitaire, bourru et fatigué. Laura est une fille sauvage qui ne demande qu’à découvrir le monde après avoir vécu des années dans un bunker. Dans leur fuite folle (aucun ne sait ce qui les attend au bout du chemin), Laura se trouve un guide, un modèle, un père de substitution. Et Logan, une raison, un prétexte, pour redevenir le héros qu’il a été.

 

Et donc jusqu’à une splendide scène de dîner, le film réussit son pari. Et à partir de cet instant, c’est un peu comme si le scénario relâchait ses efforts. Comme si quelque part lors du développement, on était intervenu en disant « bon ça suffit maintenant, faut revenir à quelque chose de plus classique ». Et Logan s’enfonce alors doucement dans les clichés et les stéréotypes. La belle idée sur la destination du voyage (Logan et Laura vont-ils trouver ce qu’ils imaginaient ? Le tout doublé d’une mise en abyme sidérante) n’est finalement pas utilisée, ou pas de manière satisfaisante. Le méchant shérif tenace cède la place à un nouvel adversaire franchement pitoyable de banalité. Le film avançait jusqu’alors une certaine subtilité et une jolie retenue. Mais sur la fin, on relâche l’effort et on lâche les chiens : super-pouvoirs et grosse bagarre, pif paf, boum, sans génie. Ou comment prendre ses spectateurs pour des idiots. Merci, au revoir. Reste juste le tout dernier plan, qui par un simple geste vient nous rappeler qu’il y avait des scénaristes de talent dans l’équipe. Dommage qu’ils n’aient pas conservé la main sur la seconde partie du film.

 

 

 

Stéphane Le Troëdec

 

 

 

Logan

2 h 17

1 mars 2017

Réalisateur : James Mangold

Avec : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen

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