Une Histoire de l'élégance masculine




1 Savile Row, adresse mythique pour les élégants du monde entier, puisqu’il s’agit de celle de Gieves & Hawkes, l’un des plus célèbres tailors de Londres ! Un somptueux album rend hommage à cette illustre maison, illustré de clichés un tantinet trop léchés pris dans divers salons de Pall Mall. Fournisseur depuis plus de deux siècles des grands noms comme de la famille royale (de Georges III aux princes William et Harry), ce tailleur a commencé son ascension par la confection d’uniformes destinés, entre autres, au duc de Wellington, et de tenues pour explorateurs, comme celles de Livingstone. Avec un génie tout britannique de la coupe et des artifices, cette maison a rendu réel l’idéal platonicien du corps masculin (quasi) parfait. Grâce aux innombrables commandes de la Royal Navy, dont les officiers devaient payer leur équipement de leur poche, Gieves & Hawkes est devenue l’une des références de l’élégance anglaise, dont les codes doivent à peu près tout au sport, à l’exploration et à la guerre, la coupe et la finition d’un vêtement devant permettre une identification immédiate tout en permettant des mouvements parfois violents. Comme au XIXème siècle, seuls les uniformes militaires  permettaient le port de couleurs parfois vives (je vous parle d’un temps antérieur aux grandes tueries industrielles des Flandres et de la Somme), les tailleurs de l’armée ont permis aux élégants de s’affranchir du dogme de l’habit sombre et austère des civils. Elégance et héroïsme se marient ainsi dans l’imaginaire du tailleur et de ses clients, qui, de manière subliminale, désirent ressembler à l’archétype de l’officier. En témoigne ce livre truffé de photographies d’uniformes parfois anciens, de casques et de vestes à brandebourgs, de bonnets en poil d’ours et de manteaux d’officiers de marine. Un régal pour l’œil, qui permet de rêver aux fastes de l’Empire, comme ces clichés de gentlemen chassant le tigre au Bengale casqués et cravatés sous la fournaise, imperturbables. Si les origines militaires sont traitées de long en large, l’actuelle élégance masculine reste le parent  pauvre de l’album : trop peu de clichés  de commandes particulières, dont de sublimes manteaux en tweed bespoke qui suscitent (presque) des pulsions de vol à main armée… Vanitas vanitatum, diront les uns ; civilization, rétorqueront les autres.


 Christopher Gérard


 M. Binney et alii, Une Histoire de l’élégance masculine. 1 Savile Row Gieves & Hawkes, Flammarion, 240 pages, 75€


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