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Simenon : Biographie

il y a 48 mois Suivre · Utile · Commenter


Une autre lecture de Simenon

 

L’appareil critique, par ses excès, a conduit le lecteur tellement loin dans l’érudition et la recherche du détail, que celui-ci a fini par se lasser et par regretter l’époque où, plus jeune et plus naïf, il pouvait lire un texte pour lui-même, sans se soucier du contexte dans lequel il était apparu. C’est pourquoi, plutôt que de répéter ce que tout le monde sait déjà, Jean-François Foulon propose une autre lecture de Simenon qui tente de comprendre comment lui-même se situait ou aurait voulu se situer par rapport à l’intelligentsia littéraire.

 

Pendant longtemps la critique universitaire a estimé qu’on ne pouvait comprendre une œuvre sans avoir au préalable une bonne connaissance de la biographie de l’auteur. Ce fut l’âge d’or de l’histoire littéraire, qui replaçait systématiquement chaque livre dans son contexte culturel (avec un goût marqué pour la classification en « écoles ») pour ensuite tenter d’en donner une analyse en se fondant essentiellement sur la vie de l’écrivain. Ainsi, on abordait Hugo par de longs commentaires sur la naissance et l’avènement du romantisme puis on continuait en détaillant les différents épisodes de sa vie, par exemple son rôle politique, son exil dans les îles anglo-normandes, etc. Nul ne niera que cette démarche ne soit enrichissante, cependant elle comporte en elle-même ses limites. Ainsi, aucun étudiant ni aucun lecteur cultivé n’aurait osé aborder le moindre poème du grand homme sans savoir au préalable quand exactement il avait été écrit, à quels personnages il faisait référence, quels lieux étaient évoqués, etc. Finalement, plutôt que de savourer un texte où, par exemple, un père parlait de son enfant, il fallait d’abord connaître le prénom de la fille de Hugo, son âge au moment de la rédaction du poème, le rapport que le poète entretenait avec elle, la localisation précise du jardin où se déroulait la scène et à la limite la couleur de la balançoire sur laquelle l’enfant jouait, sans oublier bien entendu les circonstances dans lesquelles elle avait été offerte et par qui.

 

Par réaction contre cette histoire littéraire, des courants se sont développés, dans le monde universitaire lui-même, pour revenir au plaisir du texte. Désormais, seuls allaient compter les mots employés par l’écrivain, en dehors de tout contexte. L’idée était que le texte se suffisait à lui-même, qu’il avait sa logique propre et que seul était important le plaisir qu’il pouvait apporter. Personnellement, je pencherais pour cette manière d’aborder la littérature, même s’il faut reconnaître que toutes les recherches érudites qui entourent les livres peuvent parfois être pertinentes et nous apporter un éclairage intéressant. Ainsi, ne vaut-il pas mieux, un soir d’hiver, les volets fermés, se laisser aller à la lecture d’un poème de Baudelaire (« Sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille… ») plutôt qu’au préalable lire les vingt pages que votre édition critique lui consacre ? On peut les lire aussi, évidemment, mais après, pour ne pas gâcher le contact immédiat qui vous relie au texte, contact qui débouche inévitablement sur le seul vrai plaisir, à savoir le plaisir esthétique. De toute façon, rien n’empêche une deuxième lecture du poème, une fois que vous aurez assimilé toutes les remarques érudites que des spécialistes auront proférées sur le sujet. À n'en pas douter, cette deuxième lecture sera autre, plus profonde, sans doute, car vous n’aviez pas été sensible à tous les aspects du texte et certaines vérités cachées ne vous étaient pas apparues. Mais il n’en reste pas moins que votre première approche restera sans doute celle qui vous aura marqué le plus.

 

Par la suite, la critique textuelle a à son tour évolué dans la mesure où elle a proposé des grilles de lecture. Certes on ne parlait plus de la biographie de l’écrivain, certes on se concentrait sur le texte seul, mais celui-ci devait être envisagé selon un modèle précis. Ainsi en a-t-il été de la critique marxiste, qui, derrière les histoires racontées dans les romans, dévoilait la lutte des classes. Ou bien encore de la psychanalyse, qui, derrière des mots en apparence innocents, a su mettre en évidence toutes les turpitudes de l’inconscient. Le structuralisme, quant à lui, a voulu aller plus loin et démontrer que tout récit se fondait sur un schéma sous-jacent qui en permettait une lecture plus riche. Lévi-Strauss, dans ses Mythologiques, a excellé dans cet exercice. Ainsi a-t-il pu trouver derrière la variété infinie des contes américains (du Nord comme du Sud) quelques structures fondamentales qui permettent de comprendre ce qu’ils veulent vraiment signifier. D’un autre côté, quelqu’un comme Jakobson a pu nous donner du poème des Chats de Baudelaire une analyse certes brillante, mais qui de nouveau nous éloignait du plaisir immédiat que doit éprouver tout lecteur devant un grand texte.

 

Une approche sociologique

 

De tout ceci, on aura compris, je pense, que sans négliger les apports divers qu’a pu apporter la critique, je redoute avant tout une mise à distance érudite entre le lecteur et le texte qu’il a sous les yeux. Chacun a le droit de se faire d’abord une idée par lui-même et a surtout le droit de profiter des troubles que le texte peut susciter en lui (plaisir esthétique ou intellectuel, peur, admiration, peine, révolte, etc.). Après, viendra la lecture érudite, intéressante aussi, certes, mais qui joue sur un autre registre. Pourtant, dans le présent article consacré à Simenon, je voudrais en quelque sorte me faire l’avocat du diable et proposer de cet écrivain une approche que l’on pourrait qualifier de sociologique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas apprécier Simenon dans le texte, loin de moi cette idée, mais disons que cet auteur par ailleurs prolifique(1) est bien connu et qu’il serait vain de vouloir encore en donner une explication purement textuelle. D’autant que ses romans, il faut bien l’avouer, se répètent un peu. C’est toujours le même thème qui est abordé : un homme rangé, dans la quarantaine, décide de rompre avec ses habitudes et sa vie bien réglée pour entrer dans une existence marginale. Cette sorte de bohème existentielle va lui permettre d’oublier les rôles que la société veut lui faire jouer et il pourra enfin se découvrir lui-même. Ce sera la série des romans dits psychologiques, dans lesquels le héros rejette subitement sa famille et se lance dans des voyages ou une activité non-conformiste. Cette recherche va même parfois l’amener à commettre un crime, et ce sera alors la collection des Maigret. Le commissaire lui-même est d’ailleurs à la recherche d’une existence plus pimentée et il est le premier à comprendre les motivations du criminel sur la piste duquel il se lance. Certes, il devra bien finir par l’arrêter et par le livrer à la justice, mais en son for intérieur on sent qu’il partage quelque peu sa déviance et s’il ne l’approuve pas, il ne la condamne pas vraiment non plus. Bref, ce thème est intéressant en soi et ce n’est pas pour rien qu’on a dit que Simenon avait inventé le roman policier psychologique(2), mais il faut bien reconnaître que les romans se répètent et que la lecture d’une bonne dizaine d’entre eux suffit pour se faire une idée valable de la production de cet auteur. C’est pourquoi, plutôt que de répéter ce que tout le monde sait déjà, je voudrais proposer une autre lecture de Simenon et tenter de comprendre comment lui-même se situait ou aurait voulu se situer par rapport à l’intelligentsia littéraire. L’analyse de son cas personnel devrait nous permettre de voir que derrière les histoires racontées dans les livres se cachent parfois tout un jeu subtil d’influences et de recherches de reconnaissance.

 

Milieu et contexte

 

Mais pour interpréter la démarche de Simenon, il faut d’abord analyser le milieu dont il est issu et que l’on peut assimiler à la petite bourgeoisie. Son père, fils d’un chapelier, était comptable dans une compagnie d’assurances. À ce titre, par son statut d’employé, on peut considérer qu’il avait progressé dans l’échelle sociale et ce n’est pas pour rien qu’il était content de son sort. Sa mère, au contraire, fille d’un marchand de bois aisé dont les affaires avaient fini par mal tourner, avait travaillé comme vendeuse dans un grand magasin avant de se consacrer exclusivement à son ménage une fois mariée. Chez elle, on devine un certain ressentiment face à ce qu’elle considère comme un déclassement. Toute sa vie elle sera attentive à l’opinion d’autrui, au regard que les autres pourraient porter sur son statut social et elle aura toujours le souci de paraître. Ce n’est pas pour rien que pour arrondir les fins de mois elle louera des chambres à des étudiants. C’est que si le couple n’est pas pauvre, il n’est pas riche non plus et le statut d’employé du père, s’il est quelque part prestigieux, n’apporte cependant que de maigres revenus. Le jeune Georges se trouve donc dans une position intermédiaire. Ainsi, il n’appartient pas aux milieux ouvriers, lesquels sont par contre bien représentés dans la ville industrielle qu’était Liège au début du xxe siècle. Dans les romans ultérieurs, on ne rencontrera donc pas non plus d’ouvriers. Simenon n’est ni Zola ni Jules Vallès. Dans ses mémoires, il expliquera sa position face aux mouvements de grèves du prolétariat. Considérée comme une menace, la grève fait sortir de l’ombre, de ces banlieues pauvres où on ne va jamais, une masse d’ouvriers incultes et rustres, probablement alcooliques, lesquels vont se déverser illégalement dans la cité pour exprimer leur haine de la société. Pourtant, s’il n’appartient pas à cette masse laborieuse, il n’appartient pas non plus aux couches élevées dont il ne connaît pas les codes et les modes de fonctionnement. Si sa mère avait rêvé pour lui de grandes études, elle aura été déçue puisqu’il a quitté le lycée(3) à l’âge de quinze ans. On peut donc dire que son bagage intellectuel était relativement pauvre et que ce n’est pas par l’école qu’il pourra espérer se hisser au sommet de la société. Remarquons que ce choix de quitter l’école était justifié (si pas en réalité, du moins à ses propres yeux) par la maladie que son père avait contractée à la fin de sa vie. En voulant subvenir aux besoins de sa famille, Simenon montrait son caractère indépendant et se prouvait à lui-même qu’il était capable de gérer sa propre destinée. En attendant, ni ouvrier ni grand bourgeois, d’une culture modeste par son abandon de l’école, il ne pouvait que rêver de s’élever par la force du poignet.

 

Maintenant, cet esprit indépendant dont je parlais à l’instant, il faudrait aussi le replacer dans le contexte de la ville de Liège, où Simenon est né et a passé son enfance. Pendant tout le Moyen-Âge et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, Liège a été la capitale d’une principauté ecclésiastique indépendante, tandis que le reste de ce qui allait devenir la Belgique était successivement sous la domination de l’Autriche, de l’Espagne, de la Hollande ou de la France. Vue de Paris, la Belgique actuelle apparaît souvent comme une entité homogène et unie. Il n’en est évidemment rien et il convient peut-être rappeler que ce pays n’existe que depuis 1830, qu’il a vu le jour de par la volonté de l’Angleterre, et qu’il rassemble des communautés de langue et de culture différentes dont le seul point commun avait été d’être soumises pendant des siècles à la volonté des autres puissances(4). Seule la principauté de Liège a pu faire figure de petit État depuis les origines, ce qui donne à ses habitants une tournure d’esprit qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs dans le royaume. Le visiteur qui parcourra les rues de Liège percevra très vite qu’il est peut-être dans une ville de province, mais que ses habitants ne se sentent pas diminués par ce provincialisme, bien au contraire (à la différence d’autres villes belges, mais aussi françaises).



De cet esprit, Simenon a forcément hérité, mais alors que son père se sentait bien dans « sa » ville et dans « son » quartier, le jeune Georges éprouvera, lui, le besoin de connaître Paris. Après avoir rompu avec l’école, le voilà qui rompt avec sa famille et avec sa ville. Cela veut dire aussi qu’il désire en finir avec son milieu et avec ce qu’il a de mesquin. Il désire être journaliste et bientôt il voudra être écrivain. N’étant pas un « héritier » au sens où Bourdieu l’entend, il devra se contenter d’une littérature parallèle, presque une paralittérature, à savoir le roman policier(5) auquel il lui faudra d’abord donner ses lettres de noblesse. Mais, dans un premier temps, Simenon pense surtout à un succès rapide dans un genre certes populaire, mais qui peut lui rapporter beaucoup d’argent. Car derrière la vocation d’écrivain, il y aura toujours chez lui ce goût de la fortune et du luxe, ce que l’on peut interpréter comme un désir de revanche envers sa condition sociale initiale(6).

 

Observateur en retrait

 

D’un autre côté, s’il passe sa vie à changer de lieu (Paris, voyages en France sur une péniche, établissement en Amérique puis finalement en Suisse), il aime aussi ses pantoufles et une petite vie bien douillette et confortable. Derrière cette existence que peut lui procurer la fortune qu’il a amassée, on retrouve donc les réflexes du milieu d’origine. Sa tendance à accumuler (le nombre de livres écrits, le nombre de pays visités, le nombre de femmes possédées) peut d’ailleurs être vue comme un besoin de collectionner, ce qui n’est jamais qu’un moyen comme un autre de se rassurer sur la pérennité de l’existence. Et s’il se dit volontiers anarchiste, il ne faut pas voir dans ses propos un discours politique très poussé. Sans doute s’intéresse-t-il aux « petites gens », comme il aime à le répéter, mais de ceux-ci il faut déjà exclure le milieu ouvrier, comme on l’a vu précédemment. Par « petites gens » il entend plutôt « une certaine fraction de la classe moyenne, celle où dominent les isolés, les humiliés, les vaincus. Si ceux-ci ne sont pas toute la petite bourgeoisie, ils en sont une composante typique dans la mesure où l’évolution du capitalisme tend à isoler cette classe et à la réduire au silence, dans la mesure surtout où elle déclasse certains de ses agents et les laisse en arrière du mouvement de l’histoire(7) ».

 

En d’autres termes, Simenon désigne par-là ceux de sa propre classe sociale qui sont en train de s’enfoncer dans les difficultés et qui vont bientôt disparaître, autrement dit ceux qui n’ont pas pu, comme lui, tirer leur épingle du jeu et monter à la force du poignet (ou de la plume). Finalement, derrière ce soi-disant anarchisme, on retrouve une manière habile de sortir des circuits officiels pour se positionner en retrait. Cette neutralité se manifestera de plusieurs manières dans sa vie. Ainsi, opportuniste pendant l’Occupation, il parviendra à ne pas trop se compromettre et évitera de justesse les ennuis à la Libération(8). Soucieux de son succès, il se complaira pourtant dans les villes de province, y compris en Suisse, le pays le plus neutre qui soit. Ses romans, que l’on peut qualifier de littérature moyenne (ils sont correctement écrits et l’intrigue est bien menée, mais ils restent de lecture facile et visent surtout un public qui veut se délasser intelligemment), ne brassent pas vraiment des thèmes intellectuels et ne poussent pas à la controverse d’idées. On est loin des Sartre, Camus et autres Malraux. Bref, toujours en retrait, observant la société plus qu’il ne s’y implique, Simenon reproduit sans le savoir l’attitude de sa classe sociale d’origine. Comme son père qui menait sa petite vie tranquille dans le quartier où il était né, Simenon vivra à l’écart, rien que pour lui. La seule différence c’est que l’argent et le succès lui auront donné des moyens que ses parents ne possédaient pas (et du coup il ne se contentera plus d’un quartier dans une ville et c’est la planète entière qui lui servira de point de chute), mais, fondamentalement, il n’a pas changé dans sa structure sociologique profonde. Disons plutôt qu’il a aménagé au mieux de ses intérêts sa classe sociale d’origine(9).

 

Le mythe…

 

Tentons de comprendre, maintenant, comment il s’est positionné face à l’intelligentsia littéraire de son époque. D'une part, il sait qu’il a du talent, de l’autre il veut réussir et devenir riche. Avec cela il est d’origine modeste et il a une dotation culturelle assez faible. Assez logiquement il s’orientera donc à ses débuts vers une littérature de masse (il a même écrit des séries érotiques), qui va lui rapporter rapidement un maximum d’argent. Puis une fois ce stade atteint, il voudra une reconnaissance comme écrivain. Le problème c’est qu’il n’a pas de levier ni d’appui pour que s’ouvrent devant lui les portes de la grande littérature. Pour le dire autrement, un Mauriac ou un Proust, de par leur milieu d’origine, avaient plus de chance de s’imposer, tout talent personnel mis à part. Simenon doit donc ruser. Tout d’abord, ses romans alimentaires, il les signe d’un pseudonyme, histoire de ne pas se compromettre et de ne pas s’enfermer dans un genre mineur. En agissant de la sorte, il diffère, en quelque sorte, son entrée dans la vraie littérature. Et que trouve-t-il devant lui ? Le courant surréaliste et la NRF. De morale traditionnelle, rien ne l’attirait vers le surréalisme, on le comprend aisément. Quant à la NRF, elle recrutait d’abord dans la grande bourgeoisie française. Le petit Wallon modeste qu’il était n’avait donc aucune chance de ce côté-là non plus. Il avait conscience que la vocation ne suffisait pas, il fallait encore être introduit dans ce milieu aussi fermé que prestigieux. Il s’oriente donc vers une littérature de grande diffusion et se concentre sur un seul personnage, qui sera récurrent de livre en livre : le commissaire Maigret. Cette trouvaille géniale va lui valoir un succès certain auprès des foules, d’autant que ses romans sont diffusés dans des collections à bas prix. Il se retrouve donc célèbre et même riche. Il ne lui manque plus que la reconnaissance de ses pairs. Mais là, c’est une autre histoire !

 

Par certains côtés, on pourrait comparer la carrière de Simenon de celle de Marcel Pagnol. Fils d’un modeste instituteur, celui-ci fait dans le théâtre léger et comique (voir la trilogie de Marius, Fanny, César, etc.). Il est connu, mais ne peut prétendre appartenir à la grande littérature. Il faudra son opiniâtreté à défendre certains auteurs à la Libération (comme président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, poste où il avait été nommé en 1944) pour qu’il se fasse remarquer favorablement. La récompense ne traîne pas. En 1946, il est élu à l’Académie française. Cependant, aux yeux d’une certaine élite, il reste un auteur mineur, populaire. Ce n’est que plus tard, avec les souvenirs d’enfance (La gloire de mon père, etc.) qu’il acquiert enfin un certain prestige et qu’il entre réellement dans la catégorie des « vrais » écrivains.

 

… puis la légende

 

Simenon, donc, est confronté au même problème. Il a beau être connu et même célèbre, les intellectuels et les grands écrivains de la NRF le regardent toujours comme un écrivain de seconde zone. Pourtant, objectivement, il venait de révolutionner le genre policier en prenant ses distances avec le modèle anglo-saxon (pour lequel l’enquête policière est avant tout un puzzle à résoudre). On peut même dire que c’est lui qui a donné au genre policier français ses lettres de noblesse. Tout en restant dans le roman semi-populaire(10), il était parvenu à transformer les données du champ littéraire à son profit. Et il n’y a pas que dans la manière de traiter l’intrigue policière qu’il a innové. Avant tout autre, il a compris le rôle que pouvait jouer la publicité dans le rayonnement du livre. Très vite, chacun de ses romans est annoncé à l’avance à grand renfort d’annonces et d’affiches. Impossible de ne pas savoir que Simenon va sortir son dernier Maigret. Comme par ailleurs il a déjà un public fidèle et que ce public ne peut ignorer les nouveautés de son auteur favori, la boucle est bouclée et le succès est assuré. Il ira très loin dans ce domaine, notamment en cultivant sa propre légende. Il n’est pas avare de commentaires sur la manière dont il écrit : il s’enferme pendant une semaine, de préférence avec quelques bouteilles d’alcool, il griffonne quelques notes sur des bouts de papier (à propos du caractère ou de l’apparence physique des personnages) et, sans plan préétabli, il se met à écrire. Aussitôt l’intrigue se dessine, mais il insiste sur le fait qu’il ne sait jamais à l’avance quel en sera le dénouement. C’est qu’il avance au hasard, à coup d’intuitions, guidé par son seul génie. Huit jours après, le livre est terminé et l’auteur sort de son état de transe. Il est clair que par de tels discours Simenon cherche à fonder un mythe, celui de l’écrivain inspiré, surdoué, capable d’inventer dans un temps très court n’importe quelle intrigue. Ce mythe sera tellement amplifié que l’idée lui viendra un jour de s’enfermer dans une cage de verre pendant une semaine et d’écrire sous les yeux des passants, lesquels pourront ainsi observer en temps réel le travail de création. L’expérience n’aura jamais lieu, mais on en a tellement parlé que les contemporains ont fini par croire qu’elle avait eu lieu. Dès lors, Simenon était entré dans la légende.

 

Il ne s’arrête pas là. Conscient d’avoir atteint le succès avec ses Maigret, il exploite le filon au maximum. D'abord, il se montre intransigeant avec ses éditeurs. Il lit et relit les contrats et ne les accepte que quand ils sont à son avantage. Il est en position de force et peut demander des pourcentages supérieurs à ceux de ses confrères. Ou alors il s’arrange subtilement pour gonfler les droits d’auteurs liés aux adaptations cinématographiques. Car très tôt il a compris l’importance des nouveaux médias. Ses romans ne doivent pas se limiter au seul support qu’est le livre. Ils peuvent être diffusés dans les journaux ou portés à l’écran (cinéma puis télévision). Ils peuvent aussi être traduits. Il faut dire que le personnage de Maigret s’adaptait particulièrement bien à toutes ces transformations. À chaque fois Simenon veille au grain et c’est en véritable chef d’entreprise qu’il gérera les aspects financiers et juridiques de tous ces contrats. Il est à l’opposé d’un Julien Gracq, par exemple, qui refuse le prix Goncourt, qui n’aime pas les interviews des journalistes et qui ne veut pas que ses livres soient publiés en version de poche. Simenon, lui, se sert de son génie, qui est certain, pour asseoir sa respectabilité. Comme il ne parvient pas à le faire dans la grande littérature (ce qui lui conférerait un prestige intellectuel), il se contente de la littérature du grand public. Mais là, tout en cultivant le mythe de l’auteur inspiré, il parvient à transformer son métier d’écrivain, qui relève de la sphère du symbolique, pour en faire une activité très lucrative. Du coup la réussite sociale est au rendez-vous.

 

Réécrire sans arrêt le même roman

 

Il ne reste plus qu’une étape à franchir, c’est celle de l’accès à la NRF. Parallèlement à la rédaction des Maigret il se met donc à écrire des romans psychologiques (Le bourgmestre de Furnes, etc.). Là, plus de crime et plus d’enquête policière. La trame du récit, pourtant, reste la même : le héros rompt avec les habitudes de sa vie quotidienne et plonge dans la marginalité. Ces romans sont peut-être moins connus du grand public, ils sont pourtant aussi nombreux que les Maigret. Ils représentent en tout cas une tentative de leur auteur pour parvenir à la consécration finale. Elle ne viendra pourtant qu’à demi. Ainsi, si tout le monde lit Simenon, la critique universitaire ne s’intéresse guère à son cas et les livres scolaires ne lui réservent qu’une place limitée. C’est que sa production est toujours perçue comme « moyenne ». Délassante et de bonne qualité, elle convient à un public devenu plus nombreux et qui veut des lectures honnêtes. Mais ce lectorat n’est pas celui qu’avaient autrefois Mallarmé ou Marcel Proust. Ce n’est pas non plus celui qui s’intéresse aux avant-gardes. D’ailleurs de ce point de vue l’œuvre de Simenon demeure en retard. Elle répète l’esthétique réaliste et naturaliste du xixe siècle. Il n’y a rien de commun entre ses livres et ceux par exemple d’un Céline ou d’une Robbe-Grillet. Mais d’un autre côté, c’est cette position attardée qui lui confère un large public. Loin du délire surréaliste, loin des recherches stylistiques de Céline, loin du message politique et philosophique de Sartre, loin de la mise en cause de la littérature pratiquée par le nouveau roman, il est un des derniers à offrir une histoire simple et structurée. Héritier de Balzac, il offre une lisibilité qui explique son succès auprès des foules. L’unité de son œuvre (série des Maigret et série parallèle de romans psychologiques) renforce ce phénomène. Combien de lecteurs ne se font pas un honneur de posséder la collection complète de ses oeuvres ? Pourtant, il faut bien reconnaître qu’il n’a fait que réécrire sans arrêt le même roman. Il faut croire que cet éternel personnage qui rompt avec ses habitudes pour accéder à une vie plus vraie trouvait des échos chez beaucoup de personnes. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’il a su créer un univers dans lequel il va se trouver très à l’aise (étant devenu finalement le seul spécialiste du genre). En cela il appartient bien à sa classe sociale, la moyenne bourgeoisie. Une fois qu’il a trouvé un moyen pour assurer sa subsistance, il va l’exploiter au maximum. Devenu spécialiste dans son domaine, éliminant toute concurrence (en modifiant les règles du genre policier et en créant son propre genre), il va multiplier son produit à l’infini (plus de deux cents romans, c’est tout de même significatif) pour asseoir son prestige social. Finalement, il sera aussi à l’aise dans son œuvre que son père pouvait l’être dans son quartier de Liège. Il veut bien se battre, mais en terrain connu car c’est là qu’il est le plus fort.



 

Écrivain de la classe moyenne

 

Maintenant, si l’on veut se pencher non plus sur l’auteur, mais sur ses personnages, on retrouvera également très vite le milieu de la petite bourgeoisie. Cela dit, en littérature, le statut social du héros ne correspond pas automatiquement à celui de l’écrivain et des lecteurs. Ce qu’il est convenu d’appeler le roman médical, par exemple (genre collection Harlequin, etc.) ne s’adresse pas aux professions médicales, mais aux midinettes des milieux populaires ou moyens, à qui il offre une occasion de rêver en fabulant sur un prince charmant devenu pour une fois accessible. Chez Simenon, pourtant, il est clair que les personnages appartiennent à son propre milieu social ainsi qu’à celui de ses lecteurs. Point de prolétaires, on l’a déjà dit, ou alors très peu. Pas de grande bourgeoisie non plus, comme chez Proust ou Mauriac. C’est donc bien la classe moyenne qui est ici au centre du débat, mais une classe moyenne à laquelle appartient encore le monde des petits employés. À l’époque de Simenon, en effet, le fait d’être comptable ou commis aux écritures était encore considéré comme une profession intellectuelle étant donné que le nombre des diplômés restait relativement limité. Aujourd’hui que la quasi-totalité de la population accède au baccalauréat, cette tranche des employés est plutôt redescendue dans ce qu’il faut bien appeler l’immense prolétariat(11). Il ne faut pas perdre de vue non plus que chez l’auteur des Maigret, les professions libérales sont assimilées également à cette petite bourgeoisie. On peut considérer en effet que les médecins, par exemple, par leurs revenus et leurs loisirs, se rapprochent plus de la classe moyenne que de la grande bourgeoisie. Quant aux représentants de cette dernière classe, s’ils apparaissent bien dans l’œuvre simenonienne, il faut comprendre ou bien qu’on a affaire à des personnages initialement d’origine modeste (qui ne sont finalement que des parvenus) ou bien à des individus qui sont lassés de leur mode de vie et qui aspirent à une vie plus simple(12).

 

Notons qu’à l’époque où Simenon écrit ses livres la petite bourgeoisie est en crise. Les nombreux commerçants et artisans qui constituaient le fer de lance de la société sont appelés à disparaître devant un capitalisme qui devient de plus en plus omniprésent(13). Certains vont accorder leur appui aux partis fascistes, lequel leur donnera l’illusion de pouvoir rétablir l’ordre antérieur, de purifier la société et finalement de s’emparer de nouveau du pouvoir. On sait ce que c’est grâce à ce soutien que des hommes comme Hitler ou Mussolini ont pu accéder au devant de la scène. De ce discours revanchard et volontiers raciste on ne trouve pas de traces chez Simenon (à la différence d’un Céline, dont les pamphlets sont restés tristement célèbres). Probablement parce que ses héros, au lieu de penser à conforter leur position sociale, sont plutôt attirés par une sorte de déviance. On a vu plus haut que chaque intrigue reposait sur un besoin intime de renoncer à une vie trop tranquille. Tous les personnages ont une tendance anarchisante qui les pousse vers une bohème existentielle. C’est un peu comme s’ils n’étaient pas heureux dans la société et qu’ils voulaient enfin s’accomplir en dehors d’elle. Il s’ensuit une sorte de compassion pour les petites gens en général (comme si Simenon devinait la faille chez ces petits bourgeois modestes) qui est bien à l’opposé du mépris fasciste (lequel ne valorise que le surhomme, celui qui arrive et qui impose sa loi). Par cette déviance, cette bohême, ce besoin d’aventure, le héros de Simenon fait rêver. Il offre une échappatoire à la petite bourgeoisie traditionnelle en avouant que la société est par trop étriquée, mais qu’il y a moyen de s’en échapper par la déviance. Maigret, par exemple, est le prototype de cette position anarchisante. D’un côté, avec ses petites habitudes, il jouit du confort de la bourgeoisie(14), mais, de l’autre, il se comporte en inspecteur bien singulier. Il a ses méthodes bien à lui (par exemple préférant son instinct aux rapports des médecins légistes), qui sont bien peu orthodoxes et il va même jusqu’à essayer de comprendre les suspects sur lesquels il enquête. On a d’ailleurs parfois l’impression qu’il est plus proche des criminels que de ses collègues. Mais tout cela ne l’empêche pas, le soir, de rentrer chez lui où l’attendent ses pantoufles bien chaudes ainsi qu’un bon repas préparé par sa femme. Il parvient donc à concilier l’inconciliable : la sécurité existentielle et le besoin d’aventures. C’est sans doute dans ce subtil mélange de conformisme et d’anarchisme qu’il faut trouver la clef du succès de Simenon. C’est qu’il permet de faire rêver à moindres frais.

 

Le lecteur y trouve donc son compte. Et c’est vrai que le discours tenu par Simenon est moins inquiétant que celui que Jésus tenait à ses futurs apôtres (du moins si on en croit la Bible) : « Venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent(15). » Ici, point besoin de renoncer à son confort bourgeois. Il suffit de rester assis dans son fauteuil et de se laisser emporter par les aventures du commissaire pour connaître un petit frisson d’inconnu. Mais notons que si Maigret possède l’autorité que lui confère sa fonction de policier, il a aussi besoin des autres pour s’accomplir vraiment, car c’est grâce aux suspects, en enquêtant sur eux, qu’il peut goûter aux plaisirs d’une certaine marginalité. Il en va d’ailleurs de même pour Simenon. Bourgeois bien fortuné et bien respecté, il ne parvient vraiment à vivre (ou à survivre) qu’en imaginant les aventures de personnages de papier. Comme Maigret, l’écrivain se fait l’arbitre des conflits qu’il observe de l’extérieur, en romancier omniscient qu’il est. Cette position de retrait est particulièrement confortable puisqu’elle permet de contempler l’agitation du monde sans vraiment se compromettre. Position bourgeoise par excellence, elle semble avoir convenu à Simenon comme à ses lecteurs.

 

Une consécration ambiguë

 

En conclusion, on pourra donc dire qu’issu d’un milieu moyen, Simenon a écrit des romans moyens pour un public moyen et que c’est peut-être dans cette voie médiane qu’il faut chercher la raison de son succès auprès du grand public. S’il a pu atteindre la notoriété, il est clair qu’il n’est jamais parvenu à conquérir les hautes sphères de la littérature, en dépit de son désir d’y accéder et malgré sa maîtrise certaine de l’art romanesque. Il faudra attendre les commémorations du centenaire de sa naissance, en 2003, pour le voir enfin reconnu. Cette année-là, en effet, Gallimard lui ouvre les portes de la Pléiade(16), collection prestigieuse s’il en est, faisant de lui un des quinze romanciers français du xxe siècle dignes de passer à la postérité. Petite ombre au tableau, toutefois : l’éditeur a renoncé à publier l’ensemble de l’œuvre. Le spécialiste qui a été désigné pour l’établissement du texte, Jacques Dubois(17), a donc dû opérer un choix (forcément arbitraire) dans la gigantesque production de l’auteur et il n’a finalement retenu que vingt et un romans. Des ouvrages aussi fondamentaux que Pedigree brillent donc par leur absence et on a un peu l’impression que Gallimard n’a ouvert les portes de la Pléiade à Simenon que pour les refermer aussitôt. Une nouvelle fois, la consécration de l’auteur liégeois est ambiguë. Il est trop tard, maintenant, pour envisager des œuvres complètes dans La Pléiade. Au mieux pourrait-on espérer un troisième volume consacré aux récits autobiographiques. De plus, on dit dans les coulisses que le chiffre des ventes de la plus prestigieuse collection littéraire de France était en baisse ces dernières années (que voulez-vous, la jeunesse ne lit plus, c’est une évidence) et que c’est pour des raisons bassement mercantiles que l’idée de choisir un auteur à succès était venue aux dirigeants de Gallimard. Décidément, ce pauvre Simenon restera conditionné jusque dans la tombe par l’argent de la bourgeoisie.

 

Jean-François Foulon

© Photos Louis Monier

 

 

(1) En gros, disons que Simenon a écrit une centaine de Maigret et une centaine de romans psychologiques.

(2) À la différence de ce qui se pratique dans le roman anglo-saxon à la Sherlock Holmes, basé sur la recherche du coupable, Simenon, tout le monde s’en sera rendu compte, aime à créer des atmosphères.

(3) Le Collège Saint Servais, pour être précis, c’est-à-dire à l’époque la meilleure école secondaire de Liège, tenue par les Jésuites.

(4) La Belgique, soit dit en passant, se meurt et elle est à deux doigts d’imploser. Ce n’est pas le lieu d’en débattre ici, mais il est clair que les tensions sont de plus en plus vives entre les deux communautés (flamande et wallonne) et qu’on peut supposer que dans un avenir relativement proche ce pays pourrait connaître le même sort que la Tchécoslovaquie, c’est-à-dire un divorce à l’amiable. Les tendances régionalistes sont d’ailleurs très présentes en Flandre (laquelle, comme la Catalogne, est riche et puissante) et sont encore renforcées par la volonté de l’Union européenne de pousser les peuples à se gérer eux-mêmes. On se retrouvera alors avec deux États-régions, dont un francophone. Il serait d’ailleurs intéressant de dresser un portrait littéraire de la Wallonie et de voir comment ses écrivains, qui sont nombreux, se perçoivent par rapport à la capitale politique (Bruxelles) et à la capitale culturelle (Paris). Se pensent-ils comme Belges, comme Wallons ou comme Français ?

(5) On remarquera que souvent les auteurs que l’on dit belges (mais que l’on ferait mieux, comme on vient de le dire, de qualifier de wallons ou de francophones) se distinguent dans des genres peu connus. Sans doute parce que les belles places prestigieuses sont déjà prises et qu’ils doivent explorer des zones transversales pour se singulariser. Ainsi, on a vu que la bande dessinée est pour ainsi dire née en Belgique francophone. (Hergé, Peyot, Franklin, etc.). Ce n’est que plus tard, une fois que ce genre aura trouvé ses lettres de noblesse et qu’il aura perdu son statut de marginalité, que des auteurs français de souche feront leur apparition. Il en va de même en littérature, où tout le courant fantastique est particulièrement bien représenté dans la patrie de Simenon (Jean Muno, André-Marcel Adamek, Jacques Sternberg, Jean Ray, ainsi que tous les auteurs qui ont gravité autour de Jean-Baptiste Baronian et de la collection fantastique chez Marabout à Verviers).

(6) Pour plus de détails, voir Pierre Assouline, Simenon, biographie, Julliard, 1992, 753 pages.

(7) Jacques Dubois, « Statut littéraire et position de classe », in Lire Simenon, Nathan-Labor, Bruxelles, 1980, page 27.

(8) À la différence de son frère Christian, qui était membre des milices fascistes et qui a été condamné à mort par contumace par le tribunal de Charleroi en 1945. Georges lui conseillera de s’engager à la Légion étrangère pour sauver sa vie. Ce frère décédera en 1947 en Indochine, ce qui fera dire à leur mère : « C’est dommage, Georges, que ce soit Christian qui soit mort. »

(9) Voir Jacques Dubois, Op. cit., page 28.

(10) En écrivant des romans policiers, Simenon restait finalement dans un registre qu’il connaissait bien. En effet, il avait été dans ses débuts journaliste dans différents journaux, tant à Liège qu’à Paris. Habitué à tenir la rubrique des faits divers, il n’a fait que transposer dans le domaine de la pure fiction les événements dont il avait par ailleurs l’habitude de rendre compte dans les journaux.

(11) Et aujourd’hui, dans la société néo-libérale que nous connaissons, l’écart continue de se creuser chaque jour davantage entre les grands managers qui sont à la tête des multinationales et les gens qui sont sous leurs ordres, qu’ils soient cadres moyens, employés ou ouvriers.

(12) Voir Jacques Dubois, Op. cit., pages 39 et 40.

(13) Une jeune fille née dans le Massif central, par exemple, pouvait autrefois reprendre l’épicerie ou la mercerie familiale. De nos jours, elle quitte sa région pour devenir caissière dans un grand magasin à Lyon, Marseille ou Paris.

(14) Le personnage de Maigret a tout pour rassurer. Par sa corpulence et sa stature d’abord (on peut supposer que c’est par ironie que Simenon l’a baptisé Maigret, le « petit maigre »). Mais aussi par sa manière d’agir. Calme et posé, il a quelque chose du père protecteur.

(15) Évangile selon saint Marc, 1, 17.

(16) Simenon, Romans, Gallimard, Collection La Pléiade, 2003, 2 volumes, 3230 pages. Édition établie par Jacques Dubois et Benoît Denis.

(17) Spécialiste incontesté de Simenon, Jacques Dubois est professeur émérite de l’Université de Liège (section philologie romane) et Président du Centre d’études Georges Simenon dans la même université. Notons aussi que Simenon, touché par la création de ce Centre d’études en 1976, lui avait légué toutes ses archives littéraires (différentes éditions en français et en traduction, manuscrits, articles de presse, photos, etc.) lesquelles constituent aujourd’hui le Fonds Simenon.

 

 

À LIRE >

Les éditions Omnibus (Presses de la Cité) ont publié toutes les enquêtes du commissaire Maigret en 10 volumes qui paraîtront d’ici février 2008 : soixante-quinze romans et vingt-huit nouvelles, le tout accompagné dans chaque tome de notes bibliographiques et 16 pages hors texte de documents inédits en couleur (24,50 € le volume).

il y a 48 mois Suivre · Utile · Commenter

2 commentaires

anonyme12345
anonyme12345 il y a 26 mois

un article moyen fait par un rédacteur moyen qui n'aura jamais le talent de Simenon, sa subtilité et sa perspicacité mais qui se contente d'écrire des lieux communs, d'une banalité affligeante, avec une pauvreté de style caractéristique des littérateurs issus de la moyenne bourgeoisie qui se rêve châtelain et fait mine d'aduler les classiques (Proust, Sartre, Malraux...) sans les avoir lus et peut, au mieux, espérer un emploi de courtisan subalterne dans le milieu universitaire... pas d'ouvriers dans Simenon ? et la quantité de malfrats autrefois ouvriers (relisez la Grande Perche...) et les locataires du petit meublé de "Maigret en meublé" Foncièrement, Simenon a certes recherché un certain confort matériel mais n'a trouvé la paix et la joie de vivre qu'auprès des déclassés ou des ouvriers, comme le prouve ses multiples liaisons "joyeuses" avec des femmes issus de milieux défavorisés (avec Boule, sa cuisinière, Joséphine Baker etc...)

User not exist il y a 26 mois

et affirmer que Simenon était boudé par ses pairs : et Gide, ou Colette qui l'ont sans cesse épaulé ? Ont-ils eux aussi le malheur de n'être pas bien né ?

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