Biographies d'écrivains de tous temps et de tous pays.

Abbé Prévost : Biographie


Vie et œuvre de l’abbé Prévost (1697-1763)

 

Antoine François Prévost, dit d’Exiles, plus connu sous le nom d’abbé Prévost, l'un des écrivains les plus féconds du XVIIIe siècle, naquit en 1697 à Hesdin, petite ville de l'Artois, où sa famille tenait un rang distingué. Envoyé au collège des jésuites pour y faire ses études, il prit d'abord quelque goût pour la vie religieuse, et commença son noviciat avant l’âge de seize ans.

 

Mais bientôt rebuté par les rigueurs du cloître, il voulut essayer si la carrière des armes lui offrirait plus de charmes, et quitta l'habit de jésuite pour prendre celui de volontaire. Ce second choix cependant, aussi inconsidéré que le premier, ne le rendit pas plus heureux. Il revint chez les jésuites, qui lui pardonnèrent aisément sa faute, et l’accueillirent même avec tant de bonté, que les douceurs qu'il trouva parmi eux lui tinrent, pendant quelque temps, lieu de de vocation.

 

Mais l'effervescence de son âge et de son imagination ne lui permirent pas de goûter longtemps cette vie paisible ; pour la seconde fois il s'enfuit du cloître, alla reprendre son rang à l’armée et se livra pendant quelques années à toutes les jouissances qui lui étaient offertes. Enfin, un violent amour trahi étant venu empoisonner ses plaisirs et désenchanter son existence, il se crut de nouveau appelé à l'état religieux et entra chez les bénédictins de Saint-Maur, où l'étude amortit, pendant quelque temps, ses passions, sans les détruire.

 

Il eut des succès dans l'enseignement et dans la chaire, et fut associé aux immenses travaux de ses confrères à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; mais l'image du monde et des vains plaisirs qu'il avait goûtés se reproduisait trop souvent à son imagination pour qu'il pût vivre en paix dans la solitude. Il voulut alors alléger des chaînes qu'il avait prises volontairement, et, n'ayant pu y parvenir, il s'enfuit en Hollande en 1729, et s'y fit une ressource de ses talents.

 

Fixé à la Haye, c'est là qu'il publia ses Mémoires d'un homme de qualité, dont il avait composé les deux premiers volumes pendant son séjour à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, et le succès qu'obtint cet ouvrage, ne fut pas moins utile à sa bourse qu'à sa réputation. Diverses raisons l'ayant engagé ensuite à passer à Londres, il y publia successivement : Histoire de M. Cléveland, fils naturel de Cromwel ; Histoire duchevalier des Grieux et de Manon Lescaut, et entreprit en même temps une feuille périodique intitulée le Pour et le Contre, qui fut très favorablement accueillie du public, et qu'il conduisit jusqu'au vingtième volume. Les quatre premiers seulement furent composés pendant son séjour en Angleterre ; car au milieu des jouissances que lui procuraient ses talents et les agréments de sa personne, il ne tarda pas à sentir qu'il n'est de véritable bonheur qu'au sein de sa patrie, et sollicita la permission de rentrer en France, où il reparut en 1734 sous l'habit ecclésiastique séculier.

 

Le prince de Conti, qui s'était joint au cardinal de Bissy pour lui obtenir cette faveur, lui donna une marque particulière encore de son estime en le nommant son aumônier. Ce fut alors que Prévost jouit de la tranquillité qui l'avait fui depuis sa première jeunesse.

 

Ses travaux littéraires se multiplièrent avec une incroyable rapidité ; outre Le Doyen de Killerine (1735-1740), l’Histoire de Marguerite d’Anjou (1740), l’Histoire d'une Grecque moderne (1740), les Campagnes philosophiques (1741), il entrerprit, en 1745, à la demande du chancelier d’Aguesseau, l’Histoire générale des voyages (15 vol, 1746-1759), qui fut continuée par Querton et Surgy, et dont La Harpe a donné un Abrégé.

 

Parvenu à sa soixante-septième année, il s'était retiré dans une petite maison qu'il avait achetée a Saint-Firmin, près Chantilly, et avait formé le projet d'y vivre dans les pratiques les plus austères, et de consacrer sa plume à la religion, afin d'expier les égarements de sa jeunesse ; mais une mort des plus tragiques, arrivée le 23 novembre 1763, ne lui laissa pas le temps d'accomplir ses pieux desseins. Frappé d'une apoplexie soudaine en traversant la forêt de Chantilly, il fut trouvé sans mouvement au pied d'un arbre et transporté chez le curé le plus voisin, où la justice fut appelée selon l'usage pour constater l'état du prétendu cadavre. L'officier public agissant alors avec une précipitation bien déplorable, ordonne sur-le-champ l’autopsie. Au premier coup du scalpel, un cri déchirant de la victime révèle son existence, et frappe d'effroi les assistants. La main glacée de l'opérateur s'arrête mais le coup mortel était porté, et l'infortuné ne rouvrit un moment les yeux que pour voir l'horrible appareil qui l'environnait, et mourut à l'instant même.

 

L’œuvre, le style

 

L'abbé Prévost a autant d'imagination que Marivaux a d'esprit, et tous les deux pèchent par l'abus de leurs facultés. Le grand défaut de l'abbé Prévost, c'est de ne savoir ni borner son plan ni régler sa marche. Il s'avance au hasard, oubliant d'où il est parti, et ne sachant où il va. On s'aperçoit souvent qu'il accumule des feuilles pour les libraires, plutôt qu'il n'arrange un ouvrage pour la postérité. Un bon roman doit offrir un ensemble régulier, et marcher à un but comme le drame ; comme le drame il manque son effet si l'intérêt est porté sur un trop grand nombre de personnages, si la mémoire est fatiguée, et l'attention distraite par une trop grande multitude d'aventures.

 

L'abbé Prévost entasse événements sur événements et vous fait perdre de vue les personnages qui vous intéressaient, pour en introduire de nouveaux.

 

Les premières parties de Cleveland sont très attachantes, et il n'y a personne qui n'ait frémi en suivant milord Axminster dans la caverne de Rumney-Hole. Les faits et les caractères, dans tout le premier volume, sont d'une imagination dramatique et d'une touche sombre et vigoureuse. L'épisode de l'île Sainte-Hélène commence par distraire le lecteur, et finit par s'en emparer, tant ce morceau est original et intéressant Enfin l'auteur vous promène d'un bout du monde à l'autre et les longues réflexions, les aventures incroyables, refroidissent la curiosité, qui d'abord était vivement excitée.

 

On en peut dire autant des Mémoires d’un homme de qualité. Ils sont évidemment composés de plusieurs parties qui n'ont entre elles aucun rapport, et qui ne sont rassemblées sous un même titre que pour joindre des volumes à des volumes. C'est d'ailleurs un répertoire de toutes sortes de contes, dont plusieurs étaient connus avant que l'abbé Prévost s'en emparât. Il y a des situations pathétiques entre le gouverneur et l'élève ; et c'est là le mérite de ce roman, qui serait beaucoup meilleur s'il eût été réduit de moitié, mais qui, dans tous les cas, ne vaudrait pas Cleveland, ni le Doyen de Killerine. Il y a dans celui-ci des caractères mieux soutenus et une intrigue mieux nouée que dans tous les autres romans du même auteur, un seul excepté, Manon Lescaut, mais il a, comme les autres, le défaut de ne pas tenir tout ce qu’il promet.

 

[Répertoire de la littérature ancienne et moderne. 1824-1827]

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