Christian Clavier, splendid carrière

Il était temps.

À la fin du siècle dernier – à une époque où je rencontrais souvent Christian Clavier – j’avais proposé une biographie le concernant à divers éditeurs. Tous m’avaient regardé avec l’air condescendant utilisé face à un débile léger ou un extraterrestre décérébré. Clavier avait bon public mais pas bonne presse. Ce qui était, déjà, idiot.

Gilles Botineau a eu plus de courage (et de chance ?) que moi, parvenant à ses fins et écrivant la première biographie de notre Jaquouille national.


En réalité il ne s’agit pas stricto sensu d’une biographie mais plutôt d’un rappel de son riche parcours professionnel. L’auteur est clair dès l’entrée : "Il ne sera pas question de vie privée, ni même de politique… mais d’un regard simple sur le parcours d’un ange bienveillant de notre patrimoine cinématographique et, majoritairement, le cinéma." Bon, d’accord, la fin de la phrase est un peu confuse mais on saisit le propos : le boulot, rien que le boulot. Avec, tout de même, un petit regard sur l’enfance et ses désormais célèbres rencontres qui aboutirent à la création d’une troupe baptisée Le Splendid.


Tout est donc détaillé : des débuts difficiles aux cimes du box-office, des films marquants aux œuvres mineures (oui, il y en a quelques-unes !). Le lecteur y retrouve la confirmation d’un talent et d’un style que l’on a dit copié sur Louis de Funès mais qui n’appartient qu’à Clavier. Pour comprendre ses possibilités il est plus utile de voir ou revoir les pièces dans lesquelles il a joué (elles sont disponibles en vidéo) que ses films.


Pièces, films et téléfilms sont bel et bien présents à ce rendez-vous du souvenir. Non les autres épisodes, tels que ses liens avec des "sommités" politiques ni même ce fameux incident du 30 août 2008 qui vit l’occupation pacifique de la villa corse du sieur Clavier. Restons dans le cadre c’est-à-dire dans le métier (acteur, producteur et éphémère réalisateur).


Botineau maîtrise son sujet. Et même s’il ne dispose d’aucune interview exclusive, sa documentation est suffisamment solide pour justifier la construction d’un tel livre. Son principal défaut reste de vouloir défendre Clavier à tout prix. D’où d’inutiles diatribes contre la presse qui ne l’a jamais aimé (mais c’est le propre de tous les comiques et, plus généralement, de tous les acteurs populaires). D’où aussi la défense acharnée de certains films qui ne le méritent pas (désolé mais La Sainte –Victoire – pourtant tournée dans une ville que je chéris – et On ne choisit pas sa famille ne sont pas bons ; L’Entente cordiale et L’Antidote sont exécrables). Mais quand on aime on ne compte pas et l’on sent bien que Botineau aime Clavier jusqu’à friser l’aveuglement.


Et puis, comme j’ai eu déjà eu l’occasion de le dire dans cette même rubrique, un livre qui me cite dans sa bibliographie ne peut être mauvais. J’ajouterai que l’éditeur m’a demandé quelques conseils au moment de la finition de cette publication, preuve qu’il sait s’adresser aux meilleurs...

On peut cependant regretter l’absence d’une théâtro-filmographie complète qui aurait donné encore plus de poids à cet ouvrage.


Parmi les broutilles historiques, il me faut préciser que l’idée de placer un bêtisier en fin de film (utilisée notamment dans Les Anges gardiens) ne provient pas de l’inénarrable Philippe Clair. Elle nous vient des États-Unis : le réalisateur-cascadeur Hal Needham s’en servit dès ses premiers films avec son pote Burt Reynolds. S’il avait déposé un brevet il aurait fait fortune car, dans le monde entier (cf. Jackie Chan) on lui emboîta le pas…


Pour terminer, ce livre est sorti des presses en juin 2016. Je ne l’ai reçu qu’il y a quelques jours (directement de la part de l’auteur, que je remercie au passage). De ce fait, Les Visiteurs 3 n’y est que brièvement évoqué. Dommage car il y a beaucoup à dire sur ce semi-échec public (2 188 217 entrées, ce qui est plus que Brice 3 mais moins que Camping 3 !)



Philippe Durant


Gilles Botineau, Christian Clavier, splendid carrière, Christian Navarro Editions, juin 2016, 249 pages, 19,50 €




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