Bruno Krebs : lignes de fuite

Dans Les prairies d’asphodèles, les dessins de Christine Guinamand font écho aux recueils en deux moments de Bruno Krebs. Elégie et onirisme s’y fondent dans une poésie bucolique et descriptive propre à un lamento que le radicalisme de l’écriture évite de mariner dans le lyrisme. Par vignettes lieux et moments se succèdent : la nature règne en maîtresse mais les chatons des peupliers ne sont pas loin de la poussière de sucre des gaufres et crêpes d’une fête foraine.
La douleur du temps passé fait le lit d’un regard si proche sur ce qui fut et se défait. L’univers disparu se métamorphose et revit par un langage précis et doux. Le murmure des images de l’auteur et de l’artiste touche de manière étrange : physique chez le premier et plus abstraite chez la seconde.
Dans ce regard neuf et croisé la sécrétion d'émotions les plus simples est prégnante. La vie bat sans virus de mort mais en pulsion. Et si la paroi du temps passé demeure, le livre dans sa gravité reste léger. Le poète déplace les lignes de fuite, les rapproche en successions de moments : il est à nouveau dedans.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bruno Krebs, Dans les prairies d’asphodèles, lecture d’Antoine Emaz, dessins de Christine Guinamand, L’Atelier Contemporain, 2023,  94 p.-, 20€

Sur le même thème

Aucun commentaire pour ce contenu.