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Çà & là
La chronique de l'écrivain et poète Claude-Henri Rocquet.

Chronique. Lecture de Rimbaud. Après le déluge (III)

il y a 14 mois Suivre · Utile · Commenter

Çà & là, la chronique de Claude-Henri Rocquet | 


Est-ce lire sérieusement, comme un bon professeur enseignerait à lire, est-ce lire ? que de rêver longuement, de s’attarder, sur tel mot d’un texte, et de courir ça et là entre les pages, de les parcourir. Comme un lièvre, qui, parfois, s’arrête, entre fenouil et romarin, thym, sauge et cresson, carde et chardon, goûtant de ses longues oreilles, de sa narine délicate, une brise aussi fantasque et vagabonde que lui, volage, libre comme le vent, libre comme l’air ; une brise : sa maîtresse d’école buissonnière. Lièvre ! tu « délires » : tu, par sauts et bonds, gambades, en diagonale comme le fou de l’échiquier, traverses de biais les sillons, les ornières de la charrue, son sillage ; les rayant d’invisible : ta fuite. La couleur du labour proche de la tienne, entre deux mottes, grumeaux de la terre, te dissimule un peu à l’œil du fusil, à son œilleton ; tu défies la ligne de mire, courant en ligne brisée ; mieux vaut pourtant la lisière et le couvert du bois, ses buissons, ses ombres rousses… Entre le bois et le labour, l’éclair et la course du lièvre ; ou bien le bref et sec tonnerre qui le foudroie, le convulse, la pluie de plombs dans les chairs, le pelage, son velours, un crachat de grains noirs, il culbute, déjà mort et taché de sang ; tiède ; le feu, le coup de feu, jailli de la cabane d’affût, où, enfant, je le vois mourir, bientôt ramassé d’une main entre deux sillons, par les oreilles, ou, dans la gueule du chien, rapporté; j’étais cet enfant dans la cabane, j’accompagnais mon cousin paysan, le cousin Paul, fermier à Wallers, sur l’une de ses mencaudées – je n’ai entendu ce mot que dit par lui ; comme : « varlet » ; un jour de chasse, de cartouches dans la cartouchière de cuir, de crosse de bois luisante. Mon français a des glacis, que je discerne seul, des traces, de flamand et de picard.

 

Il me semble avoir lu que nous lisons moins les livres qu’ils ne nous lisent. Nous croyons aller vers eux, vers ce qu’ils nous disent, entrer en eux : ils viennent à nous, ils font surgir de nos oublis des pans et des verstes de notre vie. Leur voix nous peuple d’échos. Ils suscitent en nous des horizons. Ils descellent des profondeurs, nous révèlent des puits, des citernes. Le livre de papier encore ouvert entre nos mains, nous voici lisant au livre de nous-même. Peut-être que les livres que nous aimons le plus et que nous admirons sont ceux qui rallument en nous ce que nous ne savions plus même éteint.

 

Le Déluge et l’arche, et la tour de Babel, il suffit que j’en entende le nom, que j’en voie l’image, pour que je m’embarque, passager dans le fourrage du bateau familial, humain, et que je croise de galerie en galerie, d’étage en étage et jusqu’aux nuages, passant ou m’abritant sous l’arceau des arcades, leurs briques cuites aux fours d’en-bas qu’attisent les vents marins, à fleur de houle ; quadrille des éléments pour cette alchimie ruineuse ; cela, dans la peinture de Bruegel, alchimie véritable, changeant le plomb du cœur de l’homme en or, par la beauté ; et pour que je côtoie ici et là maçons et pousseurs de brouettes, tourneurs de treuil, cabestan pour les hottes, la brique, paresseux faisant la sieste à l’ombre d’un mur dont le mortier sèche, ou d’un tamaris, don du vent, mesure du temps qu’il faut pour gagner un étage et le consolider d’arcs-boutants et de contreforts ; et pour que je puisse observer ce monarque en visite de chantier, escorté de ses notables et comptables, salué chapeau bas par l’architecte , grand connaisseur de la résistance des matériaux ; quelques grues grinçant ou silencieuses dans l’azur qui va bientôt virer au noir de l’orage, tandis que les écluses au bas de la falaise titanesque, au pied de l’échelle infinie, aux douves herbues du donjon suprême, vont se rompre comme un fétu devant l’assaut et la ruée d’un nouveau déluge écume aux lèvres, enlaçant l’ouragan des pluies, la cataracte ; et parfois même j’aperçois Bruegel, tel que je le vis sur les chemins d’Italie, à Rome ; je le reconnais sous son chapeau de feutre à large bord ; en cette peinture qui n’existe encore que dans son esprit, cette peinture qui est son rêve et son travail ; il s’accoude à une fenêtre et regarde le monde, tête nue maintenant à cause du vent des hauteurs, il étudie les navires accostant au pied de la tour, ancrés dans l’embarcadère, chargés des matériaux et des vivres nécessaires, énormes navires dont la panse tiendrait, comme une boussole, dans notre paume. Il les peindra, étambot et gréement, voilure, ancre, pavillon, figure de proue, comme le miniaturiste qu’il fut à ses débuts dans la confrérie d’Anvers, quand il respirait les odeurs du port, l’odeur du monde. – Ils ne savent pas, ces bâtisseurs et empileurs de mille colisées, colossal coquillage, ces constructeurs et possesseurs du vertical empire dont les soleils et les lunes lècheront les orteils, les flancs, comme la vague mouille les récifs de ses salives, ils ignorent que déjà sous leurs pieds grouille et gronde le désastre, que l’échine de la chute affleure sous les roches, dragon, serpent rugueux d’écailles, et que la brique retournera à la poussière avec les fours qui l’ont durcie.

 

Il faut certes savoir respecter à la lettre le texte, s’armer de grammaire s’il le faut, apprivoiser l’archaïsme et le double sens ; mais une œuvre, écrite, peinte, n’est pas seulement ce que l’on écoute, ce que l’on reçoit, c’est un instrument, une proposition, dont le lecteur, ou l’amateur de peinture, se saisit, joue. Nous nous glissons entre la haie des termes comme le lièvre entre les sillons, les lignes, et nous rêvons. Le rêve est une forme légitime de la lecture. Je « paraphrase » ? – Je rêve. J’écoute monter en moi la résonance et les échos du poème. Résonance vaut bien raison. Le poème s’irise. Je suis l’enfant qui dans la buanderie – gouttelettes, nuage, chaudron, vapeur, feu de bûches, braise – assis sur un escabeau, souffle dans une pipe en terre blanche et fait s’envoler des bulles de savon où l’arc-en-ciel se loge, puis se disperse. Je fus cet enfant et j’aimais respirer l’air humide en goûtant de la langue et de la lèvre la terre blanche et poreuse de la pipe.

 

Ou bien je suis celui qui s’aventure dans sa cave, bougie et bougeoir à la main ; je regarde sur le salpêtre les ombres qui bougent comme des bêtes réveillées, vaches et bœufs émergeant à demi et soudain de la nuit profonde, leur étable enfouie, leur retraite ; je frôle de grands vampires inoffensifs, dérangés dans leur tanière, leur refuge : l’ombre des voûtes, l’aile noire de la voûte sous laquelle dormirent des soldats romains, tête sur le bouclier adouci par un pan de manteau, le glaive toujours le long du corps ; et dont la poche ou la bourse perdit peut-être, au réveil, quand on s’ébroue, passant sur son visage les mains comme pour se démaquiller du sommeil, s’en débarbouiller, ôter notre masque de songe ; vers le brouet du matin, la diane sonnant ; et l’on a perdu, mal éveillé encore, un brin de la solde, un sesterce au profil de César lauré ; – dormeur, ou serrant l’anse du seau de charbon, j’en serai l’héritier, j’aurai cette fleur de paille, cette pépite, qui palpite à la lueur de la bougie, cette capsule de bronze, au creux de la main, ma main noire de houille, mineur des galeries de la cave, visiteur de son terril souterrain ; si Nils avait eu sur lui cette piécette, il aurait sauvé la ville désimmergée pour un jour, une heure, ville d’Ys, dont les algues et le varech, les mousses de la mer et son lichen, son gui sans druide que les squales et les crabes, étouffent le bruit des cloches, leur bronze, leur vert-de-gris, leur appel, leur détresse ; ville, vaste vaisseau naufragé… Je remonterai peut-être les mains vides, sauf une bouteille au goulot et aux flancs drapés de suie, de vieille poussière, scellée de cire comme une lettre ancienne, mais l’esprit tout empli d’une danse de ces nuages noirs que j’ai vus, naviguant d’une voûte à l’autre.

 

Je suis passé, dans ce poème de Rimbaud, sans un regard devant « sainfoins », la vie paysanne, la prairie, qui me fait revoir en pensée les fleurs rouges, pourpres, du trèfle – triple et, par chance, et portant chance, quadruple –, de la luzerne ; et toutes les prairies et les pâtures, patries des boutons-d’or, de mon enfance ; cependant que les saules et leur chevelure se penchent vers les ablettes et les frissons de l’eau, ses nageoires ; « sainfoins », où quelque sainteté, comme en un rébus, une devinette, se niche à l’ombre de l’herbe. J’ai négligé les « clochettes mouvantes » du muguet, du liseron ; mouvantes, chacune d’elles distinctement, ou toutes ensemble, douce houle ; mues légèrement par un souffle ; et nous sommes au printemps : Eucharis, tout à l’heure, de bonne grâce, nous le confirmera. Le printemps, le soleil ; après l’hiver et la nuit convulsée du déluge.

 

Entends comme brame

près des acacias

en avril la rame

viride du pois !

 

Viride, virile, verte virilité, églogue, Virgile... Quatrain sans virgule.

Mais qui « brame » ? sinon, couronné de branches, le cerf.

Pour te saluer, seigneur, aux bois qui te couronnent, le vers, humble, se dépouille de sa majuscule.

Quant au lièvre, dont j’ai suivi la course, l’enfant le voit ; il est aussi ce lièvre. Ce lièvre est Rimbaud enfant.

 

Il existe une photographie de Rimbaud en premier communiant, brassard au bras, pas un sourire pour le photographe, la famille, le curé, le vicaire. Fut-il enfant de chœur, invité à l’être? Il a écrit un poème sur les Premières communions. Il eut certainement un grand dégoût des heures de catéchisme, devant l’autel, le tabernacle, ou dans la sacristie, avec un gros curé, chanoine, un maigre vicaire, qui crachote. Le lièvre est libre et court loin de l’école et des bancs et des bans de l’église. Il prie devant l’arc-en-ciel, à travers la toile de l’araignée, petit démon, petit crabe infernal, transmuant l’horreur qu’elle inspire en astre, en dentelle, en merveille. Ô Nature ! Étincelle d’or ! Monde qui est un paradis. Le monde sort lavé de la lessive du déluge comme l’enfant de la cuve de bois, arche ronde, rincé, frotté, décrassé, après la grande toilette, le grand bain du samedi, la grande savonnade et la brosse, les yeux que le savon brûle, et c’est aussi bon que de sortir, béni, absous, du confessionnal ; la main du confesseur en étole aperçue dans son vague va-et-vient comme l’oiseau derrière les barreaux de sa cage, sa grille, dans l’ombre du soir.

 

Nombre de commentateurs ont proposé des « explications » à ce poème qui est d’abord une suite merveilleuse d’images. Beaucoup y voient une évocation allégorique de la Commune, y discernent une apologie sous-entendue de la révolution, le désir de soulèvements contre l’ordre établi. La vision de la révolution comme un déluge était un lieu commun ; il se trouve chez Hugo. Et si la révolte révolutionnaire, insurrectionnelle, n’est pas chez Rimbaud sa révolte essentielle, elle fait partie de l’insoumission du jeune Rimbaud, de l’enfant Rimbaud, qui dans une lettre, pour se moquer des bourgeois déambulant en armes dans les rues de Charleville, invente le mot « patrouillotisme ».

« Vive la révolution essentielle ! » J’ai lu ces mots, sur une affiche qui déjà se décollait, rue Valette, Quartier latin, dans les derniers jours de « mai 68 ». L’insurgé avait choisi Rimbaud plutôt que Marx ou Blanqui. Je crois me souvenir, sur l’affiche en papier kraft, d’un arbre noir, d’un soleil rouge. On allait bientôt repaver les rues. Quelques cubes gris serviraient de presse-papier sur le bureau des intellectuels comme, plus tard, de serre-livres, le béton et les graffitis du mur de Berlin.

 

Tout cela – ces « explications » du poème, cet embrigadement, est pauvre et misérable, faux. L’un des commentateurs, et c’est le pompon ! déchiffre dans le lièvre la figure du Bourgeois et dans la toile d’araignée le symbole de la Loi. Un autre parle d’une « parodie » de la Bible ; où seraient le ton et l’esprit de la parodie ?

Si en écrivant ce poème Rimbaud eut à l’esprit quelques révolutions, ce ne sont là que « matériaux » d’un rêve ; ce rêve, autant que possible, il s’agit de l’interpréter : dans une perspective métaphysique, spirituelle. – « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ». L’enjeu du combat, pour Rimbaud, est d’un autre ordre que celui d’un changement politique. De même, l’Évangile.

Rimbaud-la-barricade, Rimbaud-à-bas-la-calotte, Rimbaud-trafic-d’armes (toujours « trafic », jamais « commerce »). Clichés. « Idéologie », comme on disait, naguère. Dis-moi comment tu lis : tu me dis qui tu es ; tu te démasques.

Pour le texte, son élucidation : souvent un bredouillement de lecture. Le délire ; jadis, structuraliste : tableaux, schémas, occurrences (mais les « occurrences » des silences ? La raison de ces silences ? Décompte impossible ; seul les entend, les suppose, les devine, l’esprit de finesse). Ou encore : divination par l’étymologie, latine ; dévoilement de l’obscène. Articulets, notices, thèses obèses. Carrière universitaire… – Par-dessus tout : le « silence » de Rimbaud.

Si Sully Prudhomme ou Coppée, Leconte de Lisle, Léon Dierx, après quelques recueils, avaient choisi de se taire, de cesser, qui eût prêté attention à leur « silence » ? L’importance, extrême, que nous portons au « silence » de Rimbaud, à sa volonté d’absence, est à la mesure de celle que nous portons à sa parole. Sa précocité, sa parole inouïe, le reniement de ce qu’il a écrit, son mépris pour cela, « des rinçures », sa vie de marchand outre-mer, tout cela ne fait qu’un, constituant le mythe Rimbaud, son énigme, son mystère.

 

Mais la fascination qu’exerce son « silence » montre, chez ceux qu’il fascine, qu’ils tiennent la littérature, la poésie, l’art, l’œuvre d’art, pour quelque chose d’absolu. Ils en sont les idolâtres. Pour d’autres, la philosophie est cette idole.

Écrire, même quand il s’agit de Rimbaud, n’est pas le plus haut point de la vie, de l’être. Ce n’est qu’un chemin vers un au-delà ; ou un baume sur la blessure d’être ; non le remède, le sacrement. Il est naturel, et compréhensible, qu’un écrivain, un peintre, cesse de peindre, d’écrire ; sans qu’il faille y voir une espèce de suicide. « Renoncer » à la littérature, à la poésie, la belle affaire ! – Mais renoncer à soi-même, par amour, pour l’amour de Dieu, l’amour du prochain ? Cela est d’un autre ordre. Même si la poésie, l’art, est à la lisière de l’absolu. Les risques de celui qui écrit ne seront jamais ceux du torero, du combattant.

« Si je parlais toutes les langues de la terre et la langue des anges, si je possédais tous les savoirs, mais si je n’ai la charité ; si j’ignore l’amour, – si j’ignore l’amour ! je ne suis rien qu’un vain bruit de cymbales. » Rimbaud, quand il se réveille de cette folie qui lui fit croire, une saison, qu’il était un messie, le messie capable d’accomplir ce que le Christ, le Messie, semblait avoir voulu accomplir, et que tel était le pouvoir surnaturel de la poésie, son accomplissement, sa vérité, mais ne pouvant croire au Christ, Rimbaud cesse d’écrire.

Si nous plaçons la parole de Rimbaud au plus haut de la poésie, ce n’est pas à cause du sens, si controversé, ou tenu pour inintelligible de cette parole, mais parce qu’elle nous éblouit et nous enchante, comme nulle autre.

Dans Silence d’or – j’entendrais aussi bien, dans ce proverbe, cet adage, or du temps, hors du temps, un peu dévoyé : « Six lances d’or » ou : « Silence ! Dors. » –, Breton écrit sur l’au-delà du sens commun dont peut rayonner la parole poétique ; « Jamais, dit-il, tant que dans l’écriture poétique surréaliste on n’a fait confiance à la valeur tonale des mots… En matière de langage les poètes surréalistes n’ont été et ne demeurent épris de rien tant que de cette propriété des mots à s’assembler par chaînes singulières pour resplendir, et cela au moment où on les cherche le moins… Je me suis élevé déjà contre la qualification de ‘visionnaire’ appliquée si légèrement au poète. Les grands poètes ont été des ‘auditifs’, non des visionnaires. Chez eux la vision, « l’illumination » est, en tout cas, non pas la cause, mais l’effet. » – Cela peut orienter notre lecture de Rimbaud, la renouveler.

 

Mais il arrive que je ressente chez lui une « illumination » inexplicable. « Oh ! les pierres précieuses »… D’où vient sur moi la puissance de ces mots ? « Pierre précieuse » est comme un seul mot, un « syntagme figé », où l’adjectif s’atténue jusqu’à disparaître. Est-ce l’éclat induit par l’évocation de la chose adamantine ? un trésor tout simple de joyaux, de pierres rares. J’entends aussi une espèce d’assonance, d’allitération, entre « pierres » et « précieuses » ; elle existe à peine. Les « cieux » enclos dans la pierre ? Est-ce la place de ces mots au début d’une phrase ? L’exclamation, inouïe ? Jamais, certainement, les pierres précieuses, les pierres, précieuses, éclatantes, la joaillerie d’un Vulcain orfèvre, éclatantes, étincelantes, mais sourdes, œuvre d’un alchimiste souterrain, ne furent ainsi interpellées, invoquées, appelées, non par un mot d’invocation, comme lorsqu’on s’adresse aux dieux, aux déesses, mais sous la forme d’une parole d’étonnement, subjective, intime : « Oh ! ».  

 

Oh ! les pierres précieuses qui se cachaient, les fleurs qui regardaient déjà.

 

Il est évident que le limon et la retombée des éboulis, l’avalanche incertaine des rocs, durant le déluge, et longtemps après, ont maintenant recouvert les pierres précieuses que les charrues des vagues et de la houle avaient délogées de leurs failles et de leurs filons, de leurs alvéoles, de leur écorce, de leur nuit, offrant à la pluie leur lave constellée, leur cristaux, leur cristal. Et, le printemps revenu, les fleurs, qui sont comme des yeux, regardent le ciel, le monde. En bas, et vers le bas, « au ventre des abîmes » : ce qui doit être au-dessous. En haut, vers le haut : ce qui doit l’être. Retour à l’ordre ? Mais, dit Hermès Trismégiste, maître des alchimistes : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » ; et l’inverse, la réciproque ; le monde est un, il est « correspondance » universelle. Cette pensée hermétique peut être la clef de cette note qui, autrement, demeure quelque peu énigmatique, ou seulement pittoresque.

Les pierres précieuses sont le trésor des gnomes : gardiens de la connaissance, jardiniers lapidaires.

Voici sous terre un jardin, obscur, un verger d’étoiles cachées, et sur la terre un jardin, floraison de regards curieux de toute la beauté du monde.

Mais l’arc-en-ciel n’est-il pas à la fois un jardin de fleurs et de pierres précieuses, en même temps qu’une architecture ?

Iris nomme à la fois l’arc-en-ciel, une fleur, une pierre, le quartz irisé, pierre d’iris, la poudre d’un parfum, et l’œil. Regard et merveille.

Les pierres se cachent, les fleurs apparaissent. La poésie, le poème, est visible et sous les mots, sous les images, un autre savoir, une autre voyance, est à deviner, à saluer. Le haut et le bas ? – Le dehors et le dedans.

Et les fleurs vivent : elles ne s’offrent pas seulement, délice, à notre regard : elles regardent. Elles contemplent. La rose te regarde au cœur, passant ! Elle est ton emblème, et par les plis et lèvres des pétales ton cœur profond, le cloître de ton cœur où si rarement tu reviens et te recueilles. Elle est jardin, le plus doux jardin, et, par sa beauté, son parfum, la promesse d’un autre jardin, céleste, dont les anges sont les jardiniers – miniature persane. Elle est mémoire du premier jardin. Sa douce splendeur est l’ombre de son parfum comme notre vie d’ici-bas celle de notre âme dont la vraie vie est céleste, passé le temps de la flétrissure, passé le temps.

Peut-être une circulation réunit-elle les fleurs minérales et les gemmes végétales. Il en était ainsi au paradis, en Éden, avant la Faute originelle, ce mystère, et le départ de l’homme et la femme, leur exode, pour une longue saison en enfer. « Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. » Retour de l’enfant prodigue, après la porcherie, les pourceaux, l’auge, les glands qu’on dispute aux porcs, aux groins, la famine, le grognement des gorets sous l’outre rose et multiple des truies. L’héritage édénique donné, dilapidé – « Tout aux tavernes et aux filles ». L’Enfant prodigue est un enfant.

 

Les trois premiers « versets » du poème sont une Ouverture.

Voici la suite. Voici maintenant l’Histoire. Voici la conquête et la colonisation de la terre. Voici la construction de Babel. Voici Babel : image du temps et du monde, prophétie de la ruine. Monde et fin du monde. Cette conquête de la Terre était la volonté d’occuper le Ciel, d’y trôner. Et pour cela, comme s’enchaîne une chaîne à elle-même, il fallait changer en esclaves les hommes.

 

« Dans la grande rue sale »…

 

Dans la grande rue sale les étals se dressèrent, et l’on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.

Le sang coula, chez Barbe-Bleue, – aux abattoirs, – dans les cirques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent.

Les castors bâtirent. Les « mazagrans » fumèrent dans les estaminets.

 

Rien n’est dit de la construction de la ville : voici, d’emblée, la rue, la grande rue – sale, déjà – papiers souillés, dans le caniveau, emportés d’un coup de vent, vieux journaux, déjections canines, au milieu de la ville. Et toute la saleté de la ville, Londres, Paris. – Je pense à Verlaine : « Londres fume et crie. Ô quelle ville de la Bible ! »

On ne voit pas l’homme, les hommes, agir : les étals se dressent, on tire les barques… On ne voit que le résultat de ce qu’ils font.



Voici les étals, le commerce, la vie quotidienne, la vie ordinaire. On ne pense plus au Déluge. On est à ses affaires, on est à ses occupations. On vaque. On feignante. Tout recommence, tout reprend, comme avant. À quoi bon le grand tohu-bohu, le sens dessus dessous, la remise en ordre et dans le bon sens, la vie rafraîchie, nouvelle, la colère et le pardon de Dieu, sa miséricorde partielle, cette vie de romanichel dans la roulotte de l’arche roulant sur les vagues, leurs ornières, leurs profondes fondrières, leurs crevasses, les draps froissés de leurs remous, et enfin la joie de l’arc-en-ciel, cette illumination, ce sourire de Dieu, ce pacte, et la bonté de Noé, patriarche ? L’arche, le déluge vint si brusquement, il fut si brutal et soudain, que Noé ni ses enfants, dans le bruit de cet atelier de menuisiers novices, scie et martèlement, maillets, marteaux, n’eurent le temps de la décorer de peinture, voire de la couvrir d’un goudron protecteur. Du reste, l’averse et la mer les eussent d’un coup de langue, d’épaule, lessivés, effacés. Une simple caisse, une charpente à peine rabotée, une vaste maison de bois tous volets clos, portes calfeutrées, fut emportée d’un coup comme un bouchon, un fétu, livrée à dos d’abîme jusqu’à la horde noire des orages.

Sur les étals, les éventaires, les charrettes, de la viande et des poissons, plutôt que des fruits et des légumes des quatre saisons, (même si, dans une autre prose de Rimbaud, on voit « de jeunes familles pauvres qui s’alimentent chez les fruitiers »).

La ville n’est pas très loin d’un port : on tire, dans ce paragraphe, « les barques vers la mer ». La mer n’est plus que la mer, avec ses dangers, ses profits, son travail, l’industrie des filets. Ce n’est plus celle qui naquit des eaux se pressant dans le goulet des écluses du ciel à la rencontre de celles qui bondissaient hors des citernes de la terre.

« Vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures. » Sur les gravures que les enfants aiment regarder longtemps dans les livres, alors même qu’ils ne savent pas lire.

La mer n’est pas au loin, à l’horizon, mais en haut de la page, de la feuille, comme une bande. Perspective, encore, mais perspective qu’on dirait plutôt « verticale ». « Coloured plates » ? Sur la page, la construction des lointains, leur profondeur, n’est plus que superposition comme celle des paragraphes, des lignes. Au lieu du proche et du lointain, le bas et le haut.

 

Chacun sait ce que furent pour les Impressionnistes, pour Van Gogh, les estampes japonaises, comme celles que Vincent découvre dans la boutique du père Tanguy, plaçant l’une d’elles au mur quand il fait le portrait du vieux marchand de couleurs, en vieux sage d’Asie. Arles, sous la neige, puis avec ses ponts, ses barques, les vergers dans la lumière, lui sera le Japon. Je ne saurais dire si Rimbaud découvrit à Paris, à Londres, les estampes d’Hokusaï ou d’Hiroshige. Certaines, dit-on, emballaient dans les caisses de bois blanc débarquées par les dockers les porcelaines délicates, coupes, soucoupes, théières, peintes comme les papiers qui les protégeaient, jeune filles en soierie serrée, ombrelles, barques, temples qui sont une île, lointains dessinés d’une ligne. Les peintures dont Rimbaud s’inspire sont plutôt celles de l’Europe, anciennes, récentes – John Martin. Beaucoup des Illuminations sont moins des « choses vues », comme on les aperçoit de sa fenêtre, ou en marchant, que des scènes de théâtre, des fêtes, des rêves, ou des images, décrites. C’est une des clefs de lecture de ces poèmes en prose. – Prose de l’image, descriptive ; poésie de la parole.

La mer « étagée ».



Ce poème est un récit, rapide. C’est aussi une image, un tableau. Mais ce récit, proche de la Bible, et s’en écartant, comparable en cela aux « Proses johanniques », quel en est le sens ? Il n’évoque ni ce qui précède le déluge, ni le temps diluvien, mais ce qui, bien après l’accostage de l’arche, ou, plutôt, son atterrissage au sommet du monde, est notre monde. Il dit en quelques traits notre histoire. Mais qu’est-ce donc qu’être au monde ?

 « Le sang coula, chez Barbe-Bleue. » Celui des femmes, pendues, suspendues comme des robes à des cintres dans un placard, cadavres au crochet, au croc, qu’une clef interdite, tachée de sang, rouge et rouillée de sang, d’un rouge et d’un sang qu’on ne devine pas, mais qui brûle la main, clef de braise, révèle ? comme elle dénoncera la faute à son mari, ce démon. Est-ce le sang de l’ogre sous l’épée des frères qui délivrent leur sœur, leurs deux sœurs, de ce labyrinthe, de ce château de sang ; de la mort ? Il se peut que Rimbaud se souvienne de Gilles de Rais sous la légende de Barbe-Bleue. Le compagnon de Jeanne ; autre Hérode, assassin et violeur d’enfants, invocateur de Satan pour obtenir l’or alchimique ; or, c’est une escroquerie ; une farce qu’on lui joue ; un carnaval de diables aux cornes de carton ; dont il est dupe. Gilles, seigneur crapuleux entrant à cheval dans les églises ; et qui finit brûlé vif, comme Jeanne.

Le sang coule comme aux premières pages de la Bible le sang d’Abel. Il coule aux abattoirs comme il avait coulé en sacrifice sur l’autel au sortir de l’arche, des mains du bon Noé, dont la vigne rougira aussi les mains. Le sang coule « dans les cirques » : ceux, sous un chapiteau, où il arrive que les fauves déchirent leur dresseur, leur dompteur à brandebourgs ; soudain viande ? Plutôt les cirques romains, lions et gladiateurs, le pain et le cirque, panem et circenses, pouce abaissé ou levé de l’empereur, chrétiens jetés aux bêtes, arène et gradins sous lesquels s’étendent les catacombes, nécropole des saints et des martyrs, semence de la chrétienté, née du sang du Christ.

Les cirques et les amphithéâtres de Rome, à travers l’empire, romain, bientôt chrétien, chez les Gaulois, à « l’œil bleu blanc », leur descendance ; puisque « le sceau de Dieu blêmit les fenêtres » : encore une image fascinante. Mais a-t-on jamais associé à quelque colisée des « fenêtres » ? Et que peut être un « sceau de Dieu » qui « blêmit les fenêtres » ? Quelque chose comme le sang qui sur les linteaux protège en Égypte les Hébreux des coups meurtriers des anges ?... On dit : « le petit matin blême » : s’agit-il ici de l’aube éternelle de Dieu ? La proximité des mots fait qu’on voit Dieu blêmir. De colère, de rage. Si le sceau est de cire, il est rouge ; soleil empourprant les fenêtres comme un sceau clôt le pacte.

 

Le sang et le lait coulèrent.

 

Est-ce un écho du pays aux ruisseaux « de lait et de miel » ? Est-ce un Massacre des Innocents – revers sanglant de la Nativité, petits martyrs baptisés dans leur sang –, un coup d’épée tranchant d’un coup la tête de l’enfant et la mamelle maternelle, sang et lait formant une flaque sur la neige entre les sabots des chevaux, les pas des reîtres, la neige devenue la boue des abattoirs ? tandis que Rachel hurle, en larmes ; mais elle ne sera pas consolée. Est-ce le lait de Marie à Bethléem et le sang de son fils sur la croix ? L’homme et la femme, la tendresse et la blessure ? Ou, tout simplement, l’abattoir et la laiterie, la fermière et le boucher. L’enfant quitte l’enfance quand il passe du lait à la viande, de la bouillie aux aliments solides, à la dureté. Grandir, passer du « lait de la tendresse humaine » à la cruauté.

 

Les castors bâtirent. Les « mazagrans » fumèrent dans les estaminets.

 

Veulent-ils, ces castors, par des remparts dérisoires de branchages, de brindilles, un entassement végétal, une claie de fétus, endiguer, conjurer, comme les bâtisseurs de Babel, un nouveau déluge, une montée des eaux, une crue castoricide ? Ils ne croient pas, ces ouvriers du bord des fleuves, des ruisseaux, à la parole de Dieu, sa promesse ; les maçons de Babel ne se fièrent pas à l’arc-en-ciel, à ce pacte, à ce sceau de soierie. Ils ne se fient qu’à leurs barrages, leur tapage, ils n’ont confiance qu’en eux-mêmes. La dévotion naïve du lièvre, au sortir de l’arche, doucement ébloui par l’arc-en-ciel, à travers le vitrail de l’araignée, étoile noire dans sa toile nacrée, n’est pas la leur.

Le « mazagran » est une boisson d’origine orientale faite de café coupé d’eau-de-vie ou d’eau, qu’on boit froide ou chaude, « fumante », dans un verre à pied, étroit, évasé. Le père d’Arthur, militaire en Algérie, en a bu, là-bas. « Estaminet » est un mot du Nord. Par cette phrase, Nord et Sud se relient. Le règne moderne de l’homme s’étend, se consolide.

Le déluge est de l’histoire ancienne, une imagerie, un livre pour enfants, une fable, rare même dans les sermons ; pourtant, mains au bastingage de la chaire, figure de proue, visage buriné comme celui des saints de bois, le vieux curé en surplis ferait, comme le frère Mapple de Moby-Dick prêchant Jonas, un Noé très vraisemblable ; la nef de l’église serait son arche, la nôtre.

Cette ville que devient le monde, ses étals cosmopolites, cette mer suspendue comme les jardins de Babylone, est Babel, nommant des capitales, des nations. Les Villes qu’évoque Rimbaud dans Les Illuminations sont des images ou des figures de Babel ; jusque dans leurs caves, leurs égouts, leurs hypogées, – « Qu’on me loue enfin ce tombeau, blanchi à la chaux ». Sous ces architectures éclectiques, énormes, c’est Babel qu’il faut discerner. Et lui, Rimbaud, cherche une langue unique, inouïe.

 

Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images.

 

C’est l’une des phrases les plus magiques et mystérieuses de Rimbaud. Si simple, cependant. Aux vitres, la pluie a cessé, comme jadis, enfin ! le déluge. Quelle beauté, la pluie, son rideau, pour un cœur, un enfant, qui s’ennuie ! Comme il est doux de voir que le ciel pleure comme je pleure ! Mais ce ne sont pas les vitres qui ruissellent, encore, c’est la maison ; sous l’orage qui s’éloigne, enjambant comme un ogre à bottes de sept lieues, à hotte encore à demi pleine de giboulées et de grêlons, les collines ; c’est l’averse, qui s’est toute débondée, et lasse, vient de cesser. Peut-être un arc-en-ciel… (Il ne s’agit pas, dans mon édition, des vitres de la maison, mais d’« une grande maison de vitre encore ruisselante » : une maison de verre, une maison transparente, une arche de cristal, encore ruisselante de la pluie diluviale, une bouteille comme jetée à la mer, plus vaste que toute bombonne, et de laquelle, par les hublots des livres, la lucarne des images merveilleuses, les enfants verraient le monde et son rêve ensemble. – « Maison de vitre », disent certaines éditions modernes ; mais le manuscrit : « de vitres ». Maison de vitre est pourtant plus beau, fait davantage rêver, s’accorde mieux au poème, il me semble, que maison de vitres. L’usage du pluriel et du singulier, l’accord du verbe au singulier, quand il s’agit de plusieurs termes de sens voisin, cela fait partie de l’art d’écrire. Je regrette souvent, joug de la grammaire, joug de l’habitude, égard dû au lecteur, de succomber au pluriel, de m’y résigner.



Cette pluie est aussi celle du chagrin, du deuil, elle est leur chagrin, l’image de leurs larmes, chagrin d’enfance. Ces enfants, dans « la grande maison », soudain vide, sont orphelins ; ils se serrent l’un à l’autre, assis sur quelque tapis d’Orient, et voyagent par les images d’un livre. Un livre est un monde plus vaste que le monde, vaste comme le monde. Les forêts y rugissent derrière les lianes et les feuilles vertes, larges comme les oreilles de l’éléphant, pointues comme l’ivoire de leurs défenses. Il est bon de tenir le livre ensemble, ouvert, comme on se partage un feu, son bestiaire de salamandres et de dragons, de lucioles, son nid de flammes et de braise, comme on partage un lit, la lune blanche entre les rideaux qui nous regarde ou converse, candide, avec la chandelle, sa commère ; parfois l’un des enfants tourne trop vite la page, impatient de connaître la suite : le plus rêveur veut voir encore. Il s’est enfoncé dans les mousses lointaines de l’image, du conte, semé de cailloux blancs qu’une pie emporte dans son nid, pour que les enfants se perdent pour toujours, comme il se perd, sous la Grande Ourse.

 

C’est ainsi qu’on voudrait ne pas se réveiller encore, aller jusqu’au bout du rêve.

Des enfants, peut-être frères et sœurs, cousins. Peut-être parmi eux leur jeune voisin ; un petit pauvre, qui n’a pas de livres. Il manque même parfois de pain, et en mange des yeux au soupirail du fournil, agenouillé dans la neige, comme en prière. Famille, voisinage. D’où viennent les livres ? étalés sur le tapis, le plancher. Des arrière-grands-parents. Trouvés au grenier, dans une malle de pirate, une armoire. Bibliothèque dans un coffre. Arche de livres. Les ouvrir, les lire, les regarder, est voyager en un ailleurs, un autre monde, et c’est comme retrouver et vivre le temps d’avant les grands-parents, quand nous étions sans être encore.

 

Et puis un enfant, seul, seul au monde, seul avec le monde.

 

Claude-Henri Rocquet

Octobre 2015

 

> Lire la première partie de la chronique de Claude-Henri Rocquet

 

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