Tiercé gagnant chez Babel : Lunoir, Coher et Claro !

Quand tout est gris l’appel à la magie s’impose. S’invite alors un écrivain. Un certain L. Franck Baum qui publie en 1900 le célèbre Magicien d’Oz. Trente-neuf ans plus tard, un film aidant, le mythe est né. Il n’en faut pas plus pour que Claro s’en empare. On connaît son talent de traducteur. On découvre sa puissance narrative. Son imagination débridée. Il nous livre un pavé qui se lit sans respirer. Une épopée à prendre comme le livre des métamorphoses. Rien n’est vrai, tout est crédible. La fiction est mise au service de la subversion. Elle abolit les frontières : il n’y a plus d’imaginaire ni de réalité. Seule la langue tisse son canevas pour évoquer ce qui se passe sous nos yeux ébahis.
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Claro, CosmoZ, Babel, septembre 2013, 608 p. - 11,00 €
Initialement paru chez Actes Sud, coll. "Domaine français", août 2010, 484 p. - 22,80 €

 

 

 

 

 

 

Anton vit à cent à l’heure. Plutôt 220 km/h au compteur d’ailleurs. Il ne respire qu’un temps sur deux. Au rythme de son bolide. Depuis tout petit il a le virus. Déjà enfant il conservait sa cagoule sur la tête disant que c’était son casque. Alors dès qu’il fut en âge, il jeta aux orties le vélo cross. Et tâta enfin de la belle mécanique. Pour finir un jour par enserrer de ses cuisses l’Elégante. Sa Triumph. Le chaînon manquant. Alors à la fin de la nuit, le voilà qui s’enfonce sur les lacets de la route de la forêt. Il balaye le paysage comme d’autres concluent un rêve. Sauf qu’il est bien dans le réel. Malgré ses envies ses nuits sont souvent les mêmes.
Et Leen n’a pas son mot à dire…

Poussé par le souffle de la langue, le récit dévale les lacets d’un destin. Seul au monde depuis la mort d’Arman, son double encastré dans un camion, Anton rumine. Les souvenirs lui vrillent l’âme. Le sexe n’est pas amusant. Lee devient collante, angoissante, lourde. Elle n’aura plus le droit de monter sur la déesse chromée. La jalousie s’installe. Lee contre l’Elégante. Le match est perdu d’avance…

On devine déjà la fin… Demeure alors la composition. Puisque l’histoire est connue regardons du côté des mots. Précis, oniriques, disposés de manière ludique, ils sont les jouets de l’auteur. Avec eux il nous plonge dans un tourbillon. Le vent glacé des petits matins. Le bruit assourdissant du moteur…
L’espace de quelques pages on est emporté. Dans un monde d’éther. Un monde léger et éphémère…
Comme une petite mort. Celle qui accompagne toute fin, qu’elle soit de papier ou d’ailleurs… 

Sylvain Coher, Carénage, Babel, août 2013, 160 p. - 7,00 €
Initialement paru chez Actes Sud, coll. "domaine français", août 2011, 150 p. – 17,00 €

 

 

 

 

Enfin un premier roman que François Xavier avait salué à son heure :

Une œuvre simple, courte et enjouée, un roman social qui possède une âme et une voix propre, un style poétique fluide qui coule en nous au fil des pages comme la risée sur l’eau de la piscine. Cette faute de goût qui est venue s’enraciner dans le potager, lubie du grand-père qui règne sur l’indivision du château et toute la tribu familiale qui se réunit chaque été dans le Sud de la France.
Entre les cousins, les grand-tantes, les oncles et les enfants, Mathilde ne restera que le long week-end du 15 août. Elle donnera le change, éludera les questions gênantes, ne manquera pas de saluer le couple de gardiens, savourera la complicité qui l’unit à sa grand-mère, s’associera aux décisions du grand-père tout en n’en pensant pas moins, écoutera les jérémiades des mères, subira les assauts des enfants ; puis sautera sur l’occasion (un appel téléphonique) pour écourter son séjour et retrouver son mari qui rentrait plus tôt d’un séminaire.
La haute bourgeoisie possède trop de codes, de conventions et de traditions pour que cela soit supportable bien longtemps...
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Caroline Lunoir, La Faute de goût, Babel, septembre 2013, 128 p. - 6,70 €
Initialement paru chez Actes Sud, coll. "un endroit où aller", août 2011, 115 p. 16,00 €

 

 

Annabelle Hautecontre

 

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