Charles Baudelaire (1821-1867), poète auteur des Fleurs du Mal, traducteur d'Edgar Poe et critique. 

Matisse peint Les Fleurs du mal

L’été 1944 aura été trop long, trop chaud, trop violent, lente catharsis en remontée des cendres évaporées tout au long de l’occupation, le joug nazi craquèle enfin et Matisse recouvre donc le goût. L’air transporte derechef des fragrances sucrées, les fruits brillent de mille éclats sous le soleil méditerranéen, la musique pétille sur les ondes et ravi le peintre qui s’attaque à son plus vif désir : rendre hommage à la splendeur de la littérature française. Enluminer les poèmes de Baudelaire dans une caresse peinte, touches à peines voilées de pigments colorés pour dire ici, ou là, combien l’exotisme des mots du poète l’ont porté si loin, si haut…

 

Notre histoire débuta en 1929 quand Paul Valéry proclama « Baudelaire est au comble de la gloire » et accompagna ses dires d’une publication, dans Variété II, de la dernière conférence qu’il a donnée sur le poète ; élargissant ainsi son lectorat, allant même jusqu’aux oreilles de Matisse qui se saisit alors de l’ampleur de l’œuvre…

Il dessine aussitôt 34 visages au crayon gras, sorte de contre-pied de l’esprit qui porta Baudelaire, en 1857, quand il s’agissait pour le poète de se délester d’un vieux romantisme jugé trop idéaliste et de surtout ancrer son propos dans l’esprit du temps, cette « modernité » si chère à Manet. Tout en explorant la face noire et inconsciente de sa propre âme, condamnée aux limites et aux plaisirs d’une époque désenchantée.



Qui d’autre que Matisse pour oser accompagner un tel livre : soufre, stupre, scandale, émoi, vibrations intérieures qui dégrisent la carapace des hommes et font s’évanouir les femmes dans les salons mondains de l’époque, oui, qui d’autre que le vieux sage de Vence pour donner une musique supplémentaire au silence de plomb qui accompagna la publication des Fleurs du mal que seul un procès en sorcellerie salua…

 

L’ouvrage reproduit en fac-similé l’édition de 1947 voulue par Aragon ; un livre-événement réédité à un prix exceptionnel à l’occasion de l’exposition L’Œil de Baudelaire au musée de la Vie romantique (20 septembre 2016 - 29 janvier 2017).

 

À découvrir aussi en ligne ici.

 

François Xavier

Charles Baudelaire & Henri Matisse, Les Fleurs du mal, 34 illustrations, commentées par Stéphane Guégan, dans un coffret illustré, Hazan, coll. « Beaux-arts », octobre 2016, 224 p. – 25,00 €

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