Fantasmagories de Michel Lagarde

                   


 

 

L’originalité de « Dramagraphies » est contenue dans son titre: chaque œuvre devient une image miroir et cristal hautement dramatique d’un film impossible. Elle suggère une intrigue, condense un récit. Ces « Dramagraphies » sont le fruit d’un travail complexe : leur théâtralité poétique est composée d’un travail préparatoire de construction et d’ »accessoirisation » puis d’une centaine de photographies assemblées par ordinateur. Dans l’isolement figuratif de telles architectures plastiques l’imaginaire s’hybride pour fonctionner à plein et démonter paradoxalement le réel dans le grandiose et le dérisoire. Tout devient dans cette charnière de l’ordre d’un songe, d’une rêverie fantasque. On pense à Spielberg, Tim Burton voire David Lynch. La séduction est créée à la fois par des jeux d’ombres et de clartés en des narrations insolentes, hétérogènes. Le présomptueux s’y affiche comme tel dans un arbitraire narratif. Il modifie les lois de la représentation mais surtout fait surgir une émotion très particulière. L’œil navigue dans une fantasmagorie  où le réel est une



hypothèse mise à mal non seulement par le sens que l’auteur lui  accorde mais par ce que le regardeur investit  en pénétrant un pays aux essences pures et aux gestes et poses surjoués. Dans le corps du ciel ouvert les buildings ne guérissent pas la maladie endémique de l'humanité. Ils la taraudent un peu plus.  Les faux miroirs  de Lagarde proposent des effets de leurre qui brisent non le verre mais les masques qui collent dessus. Le jeu de l’apparente objectivité des choses vues crée celui de la plus grande subjectivité par la manière dont elles sont saisies,  rassemblées  ou éclatées au sein d’une narration  troublante et qui n’a rien de commune. Si bien que même dans les situations de drame et de crise reste un corridor d’humour. Il vainc les idées de Platon, la nostalgique Similitudo augustinienne et fictionne bien des paradoxes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Michel Lagarde, Dramagraphies, coll. 18x18, Chez Higgins, Montreuil.

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