"300" ou la bataille des Thermopyles adaptée de Franck Miller

Débandade dessinée

Décidément, les adaptations des bandes dessinées de Frank Miller prolifèrent. Après un Sin City de sinistre mémoire, voici 300, « œuvre phare » dudit. Pourtant, nonobstant l’enthousiasme des nombreux serviteurs du culte, il n’y a là qu'un récit historique frelaté qui voudrait se faire pardonner ses licences poétiques en s’inscrivant dans la fantasy, mais qui aggrave son cas en ne parvenant jamais à réaliser cette métamorphose. La bataille des Thermopyles qui vit s’opposer trois cents Spartiates à la gigantesque armée perse conduite par Xerxès est vite devenue un mythe, avec défense et illustration d’un courage touchant peut-être à la folie. Il était fatal que Miller, fervent adepte des joutes viriles et apocalyptiques, s'approprie ce grand pan de l'Histoire comme il s’était approprié Batman en le transformant en Dark Knight. Le résultat est effectivement dynamique et, reconnaissons-le, épique, mais le dessin et le récit sont au service d’une idéologie tendancieuse. Les Spartiates, ici, ne sont pas sans évoquer certains porteurs de peste brune du vingtième siècle. Soit dit en passant, cela n’est pas véritablement surprenant de la part de Miller, mais, pour porter son très discutable évangile, il fait souvent fi de la réalité historique pour ne mettre en avant que les martiales prouesses de ses héros. Et même, pour les rendre mythiques, mythologiques à souhait, il les représente souvent plutôt sous la forme de démons que sous celle d'êtres humains.

Inutile de préciser, donc, qu’adapter une telle œuvre au cinéma, c'était marcher sur des oeufs.

Le projet fut confié à Zack Snyder à qui son Armée des morts, remake du Zombie de Romero, avait permis de gagner l’étiquette de « réalisateur hollywoodien », à défaut de celle d'auteur : il avait prouvé qu’il savait exploiter efficacement une « franchise » difficile à manier, et il était dans la logique des choses qu’in lui confie de nouveau une responsabilité du même genre. Mais, après Sin City, la longue lignée de massacres à la tronçonneuse dans les adaptations cinématographiques de bandes dessinées se poursuit. Malgré tous ses défauts, la bande dessinée de Miller avait le mérite de posséder un rythme. Or, paradoxalement, la transposition cinématographique de Snyder est désespérément statique. Porter une bande dessinée à l’écran pour user et abuser du ralenti, est-ce bien raisonnable ? En outre, l’image, d’une texture proche de celle de Sin City, oscille sans arrêt entre prises de vue réelles et animation (ou pseudo-animation ?). Bouillie visuelle dont les couleurs semblent n’avoir pour fonction que de tester la résistance des rétines du malheureux spectateur. Il peut arriver qu’une adaptation cinématographique améliore certains produits de base sans grand intérêt (c’était même la théorie de Michel Audiard, qui répétait que seul un roman médiocre pouvait donner lieu à un bon film). Mais ce n’est pas vraiment le cas ici. 

On pourra, certes, chanter les louanges de Gerard Butler, qui interprète Léonidas de très convaincante manière, et saluer les efforts des scénaristes pour donner une âme à certains personnages secondaires tels que la reine. Mais la liste des compliments ne saurait aller plus loin. On est même à deux doigts de s’étrangler quand on voit les Perses assimilés à un peuple d'Afrique noire. Heureusement, l’ensemble est tellement approximatif qu’on n’en est pas à une approximation près.


François Verstraete


300 
un film de Zack Snyder, 
adapté de la BD de Frank Miller
avec Gerard Butler, Lena Headey, Rodrigo Santoro
1h55
sortie en salles mars 2007
sortie en DVD septembre 2007

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