Claire Castillon, Ma Grande : en vérité c’est elle qui cogne

Les violences conjugales sont unisexes. N’en déplaisent à mes amies, elles n’ont pas le monopole. Mais la société regarde toujours d’un seul côté. Et les hommes sont veules. Placent leur virilité toujours au mauvais endroit. La honte les sidère. Les rieurs s’en emparent. Or les chiffres sont alarmants : ici aussi des humains souffrent.
SOS Hommes battus n’est pas un canular pour Une de Premier avril !
Le mâle Alpha a son miroir. Son âme sœur. Damnée.

C’est elle. Cette grande. Car il faut bien la nommer. Mais au fond de sa cellule il ne parvient pas à trouver de prénom. C’est elle. L’égoïste qui a détruit sa vie. L’a draguée, allumée, invitée chez elle… le jour où il emménageait avec sa compagne. C’est elle qui l’a manipulé. Soumis. Humilié. Enchâssé dans un home sweet home étouffant. Interdit de sortir seul. Pas d’amis à la maison sauf exception. Rien. Tout pour elle. Le centre du monde.
L’infâme obsession.

Mariage en solo, sans la famille. Bébé en route pour bien sceller le pacte. Isoler l’homme pour mieux le tenir. Quinze ans de torture. Refus de divorcer. Chantage au suicide. Crise de nerfs sur l’adolescente qui n’en peut plus. Puis un soir, la réflexion de trop. La méchanceté de trop. Le coup de sang du père qui craque. Noyade…
Clap de fin.

Bipolaire ou folle à lier, la femme peut aussi s’avérer invivable. Dangereuse. Insupportable au sens premier. La vie se tricote une maille à l’endroit, une maille à l’envers. Mais quand tout est invariablement déconstruit par la folie, manipulée sournoisement, la fin sera souvent violente. Fatalité des destins brisés qui conduisent à l’irrémédiable…

Claire Castillon donne voix à ces oubliés.
Récit au style saccadé. Brut. Réel. Piquant. Glaçant. Plongée dans l’horreur des familles brisées qui gardent le silence. Ne savent comment affronter le monstre. Plient en espérant ne jamais rompre quand la parole libérée et la fuite sont la seule solution.
Faut-il encore le pouvoir.

Annabelle Hautecontre

Claire Castillon, Ma Grande, Gallimard, coll. "Blanche", avril 2018, 150 p. – 15 euros

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