Marche blanche, le chaînon manquant de Claire Castillon

Le sordide est partout, il se cache toujours là où l’on ne l’attend pas – sauf pour certains policiers à l’esprit vif, taxés au début de pervers… sauf quand ils ont raison – et donc il n’y a pas que les histoires d’amour qui finissent mal, en général, mais aussi les histoires d’enlèvement d’enfant où, souvent, un proche de la famille est impliqué, voire l’auteur. Quand ce n’est pas une excuse inventée pour cacher autre chose…

L’arrivée d’un enfant dans un couple est-il un bonheur où la mouche dans le lait ? Le début d'un délitement du sentiment amoureux ? Ce tiers, pourtant désiré, aimé, ne s’infiltre-t-il pas, parfois, un peu trop insidieusement dans l’intimité du couple en visant à le séparer, même inconsciemment ? Naît alors une violence sourde d’un ou des parents, une violence qui peut aussi se matérialiser par des coups ou des accès de colère au-delà des limites, provoquant un accident, que le déni, dans un processus de défense, impose au cerveau qui fait que le parent plaidera, de bonne foi, la disparition de son enfant.

Claire Castillon parvient avec finesse à se glisser dans la peau de cette mère qui croit revoir, dix ans après, sa fille revenue dans le visage de la jeune adolescente qui vient de s’installer dans la maison d’en face.
Par une approche concentrique qui provient de plusieurs axes, la perspective se réduit dans le délire de cette jeune femme détruite, que porte son mari et quelques amis. La montagne impose son climat rude qui n’est pas sans jouer une importance dans le paysage psychologique de celle qui ne vit que d’espoirs déçus, de visions, de voix qu’elle croit entendre, roulant toujours la fenêtre ouverte, espérant – on ne sait jamais – entendre le cri d'un appel au secours de sa fille au détour d’un virage, dans la forêt… Dans un style clair, rythmé de courtes phrases, Claire Castillon peint le désarroi apocalyptique de cette famille déchirée dont la résilience semble hors de portée ; jusqu’aux dernières pages qui nous glace d’effroi ; un roman à tiroirs qui monte en intensité, dans l’esprit d’un Stephen King qui se serait mis à la littérature (sic).

 

François Xavier

Claire Castillon, Marche blanche, Gallimard, janvier 2020, 166 p.-, 16 €
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