Savage

Vous ignorez probablement qui est le dessinateur Charlie Adlard. Et pourtant, vous avez forcément entendu parlé d'une de ses créations, puisqu'il est le dessinateur régulier de la série Walking Dead, devenue la série tv à l'incroyable succès .


Pourtant avant d'en venir aux comics, Adlard a connu une première carrière sur le marché de la bande-dessinée anglaise, notamment sur Judge Dredd dans la revue 2000AD. Et c'est justement là que Pat Mills, le scénariste de Savage, fait aussi ses premières armes entre les années 70 et 80, avec des séries comme ABC Warriors ou Slaine. Bill Savage, le héros de Pat Mills, fait lui aussi son apparition dans les pages de 2000AD, pour une première série d'aventures d'anticipation (située en 1999). La République volgane, une version alternative de l'URSS où le fascisme remplace le communisme, envahit sur l'Angleterre. La famille de Bill Savage est décimée dans un accident impliquant un camion volgan. C'est l'étincelle : Bill prend les armes et pour se venger jure de tuer tous les volgans qui croiseront sa route.


Cette nouvelle version de Savage éditée aujourd'hui par Delcourt propose une suite à cette première série, suite qui peut parfaitement se lire sans connaître la première version. La République volgane a envahi l'Angleterre, qui vit donc sous l'occupation. Bill Savage est devenu par la force des choses un résistant. Mais il s'est aussi endurci, plus vindicatif au fil de ses aventures. Et bien entendu, il espère bien bouter l'envahisseur volgan hors de son pays…


Bill Savage tient un peu du Punisher de Marvel, avec son passé tragique (sa famille décimée) et son besoin de rétablir la justice, de corriger une injustice… à sa manière, comprendre le plus souvent fusil à pompe en main. Mais là où les aventures de Frank Castle sombrait parfois dans une adoration du justicier badass un peu putassière (les grosses scènes de fusillades prennant trop souvent l'ascendant sur la tragédie personnelle du héros), dans Savage, Patt Mills soigne le fond. Son Angleterre envahie, on y croit, parce qu'il prend le temps de poser son univers, de fignoler des détails.


Et puis il faut bien admettre qu'il a trouvé en Charlie Adlard le dessinateur parfait pour ce récit. Je l'ai déjà dit, Adlard dessine Walking Dead, littéralement les morts qui marchent, et quelque part dans Savage, il dessine un mort qui marche lui-aussi. Savage a tout perdu. C'est l'espoir de lendemains libres pour ses compatriotes qui l'anime, fantôme vengeur déjà perdu. Il y a dans les noirs et blancs d'Adlard un désespoir saisissant, et aussi passionnant. Je n'ai jamais été très admirateur de son travail sur Walking Dead. Ici, je trouve que son trait convient bien mieux au récit.


Savage m'a un peu cueilli là où je ne m'y attendais pas. Le scénario de Pat Mills dépeint un monde crédible, terriblement humain, quelque part entre L'Armée des ombres et le Punisher. Monde renforcé par le talent de Charlie Adlard, particulièrement percutant et à l'aise. Et comme en plus Savage est un récit complet, si vous cherchez un bon thriller noir avec ce qu'il faut de sous-texte social et politique, vous en tenez un excellent avec cet album.



Stéphane Le Troëdec




Pat Mills (scénario) et Charlie Adlard (dessins)

Savage

Édité en France par Delcourt (3 juin 2015)

Collection Contrebande

192 pages noir et blanc, papier mat, couverture cartonnée

17,95 euros

ISBN : 9782756069982

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