Jo Walton, Mes vrais enfants : Tout est vrai

Un auteur phare de la science-fiction actuelle

Jusqu’à Morwenna (prix hugo 2012), Jo Walton était encore inconnue du public francophone. Depuis les éditions Denoël ont entamé de traduire son œuvre et la trilogie du « subtil changement » (Le cercle de Farthing, Hamlet au paradis, Une demi-couronne), uchronie expliquant comment une Grande-Bretagne ayant signé la paix avec Hitler en vient à adopter un régime fasciste, ce qui a achevé de convaincre les plus récalcitrants du talent narratif de l’auteur. Mes vrais enfants est censé être son chef d’œuvre, allons voir ce qu’il en est.

Une femme, deux réalités

Patricia Cowan est en train de finir ses jours dans une maison de retraite dans l’Angleterre du vingt-et-unième siècle. Perdant la mémoire, de plus en plus confuse, Patricia a deux types de souvenirs issus de deux vies qu’elle croit avoir mené. Dans l’une, elle a épousé Mark : il l’avait séduit par ses lettres… mais se révèle un vrai manipulateur qui lui fait payer ses échecs tout en lui faisant plusieurs enfants et en l’empêchant de s’épanouir professionnellement. Dans l’autre, Patricia s’est mise en ménage avec Béatrice et écrit des guides touristiques à succès. Ces deux vies correspondent aussi à deux trajectoires historiques différentes. Laquelle est la vraie ?

Walton sur les traces de Christopher Priest ?

La lecture de Mes vrais enfants permet de vérifier à quel point Jo Walton maîtrise l’art narratif : Le roman est très bien construit sur une alternance entre les deux vies de Patricia (Pat ou Tricia selon les univers) et ses interactions avec Mark ou Béatrice, ses enfants aussi. On finit par se poser une question simple : laquelle des deux histoires est vraie ? En fait, les deux le sont et là, Jo Walton rejoint son aîné Christopher Priest, spécialiste de ce type de récits. Si Mes vrais enfants ne possède pas le brio de La séparation, il reste cependant une vraie réussite, enthousiasmante et qui montre que la science-fiction réserve bien des surprises littéraires.

Sylvain Bonnet

Jo Walton, Mes vrais enfants, Denoël lunes d’encre, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Florence Dolisi, janvier 2017, 352 pages, 22,50 €

 

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