Corinne Grandemange : ce qui ne peut se dire

Le travail "social" de Corinne Grandemange n'est pas pour rien dans la force terrible de son livre. Après des études au cours Simon et à la Sorbonne l'auteure travaille auprès d'adolescents et de jeunes adultes atteints de diverses psychopathologies.

Elle a tout – si l'on peut dire – pour les comprendre car elle même a été abusée par un oncle à partir de onze ans. Dans son livre âpre elle témoigne de l'origine violée, celles qui laisse des marques à vie, sur la victime mais aussi sur la famille et la société."

D'autant que face à cet inceste, la proie sexuelle ne reçoit de la part de sa grand-mère qu'une seule "consolation" : tu l'as bien cherché...

Mais ici Corinne Grandemange n'écrit pas seulement pour tenter de casser son propre enfermement dans ce qui la tua pendant des dizaines d'années mais pour faire écho à toutes celles et ceux qui se taisent.
Comme elles et eux, elle fut bâillonnée jusqu'à étouffer. Mais désormais elle remet la narration la plus factuelle de sa vie à l'ombre du monstre qui l'a dépecée. Ce livre est remarquable par son propos car il ne fait pas le jeu de "héros" abjecte dont le nom connu permet d'ouvrir un certain voyeurisme contre-productif.

Rien de tout ça ici. Comme chez Angot – mais de manière plus forte encore – l'horreur est là, rémanente. Et elle ne se dilue pas dans le temps. D'autant que l'onerta fait le reste. Le mal peut durer et qu'importe celle qui doit l'assumer – c'est ainsi que les choses se passaient et se passent encore trop souvent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Corinne Grandemange, La  Retenue, Des femmes - Antoinette Fouque, mars 2021, 144 p., 14 euros

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