Silvina Ocampo : le métier d'être

Inventions du souvenir en ses fragments écrits au fil du temps et parfois laissés vacants pourrait aussi être quelque chose comme la langue du rêve. Mais c'est néanmoins et surtout l'expressivité de la vie par les rythmes que la créatrice incise. 

Nul sens, nul chemin a priori mais une marche plus ou moins forcée dans l'errance et la dérive en une écriture poétique qui ajoute rien et ne retranche pas plus de ce qui unit la poétesse à elle-même. 

Restent des suites de morsures  de la vie en ses "indénombrables bestioles" et autres "dragons en miniature". Mais avec  l'amour,  "si pur, si impur"  dont la créatrice en son "ardore" fait le miel de son existence.
Cet ensemble reste une reconstruction existentielle dont le biographique constitue le terreau. Surgissent divers points du fixation : une robe parfaite, la révélation du sexe, une étrange citerne, le carnaval, les fleurs de cannes à sucre,  les exploits d'un médecin, la saveur des fruits, le pouls qui bat, etc. Au sein de ce qui est bien plus que des anecdotes la poésie est partout.

Elle métamorphose jusqu'au dérisoire et ce qui pourrait paraître banal en une sur en chair. Sous l'évidence se cache le fantastique  que l'écriture déplie au fil du temps et dans une transfiguration de l'émotion omniprésente. Écrire revient à savoir ce qui ne soupçonnait même pas mais que les mots révèlent en diverses convulsions, remous, clapotis, soubresauts d'un face à face avec soi-même. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sivina Ocampo, Inventions du souvenir, traduit de l'italien par Anne Picard, Des femmes - Antoinette Fouque, avril 2021, 192 p.-, 16 euros

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