Le jour d’après, selon Don Delillo

Après, on en rêve tous, mais après quoi, d’abord ? Après la pandémie ou après la grande panne ?
Don Delillo, qui n’a pas son pareil pour nous emmener à quelques encablures de la réalité, dans un avenir proche et toujours moins pire que ce que nous découvrons lorsque nous l’atteignons, s’amuse ici à nous plonger, un dimanche soir de 2022, alors que tout le pays est collé devant son écran pour le Super Bowl, soudain tout s’arrête. 
Mais vraiment tout, au point que l’avion qui arrivait de Paris se pose en catastrophe. Panne générale, le cauchemar de toute administration civile et militaire. Le fameux big-bang de la bombe à impulsion magnétique… 

Ainsi plus de TV, ni de téléphone, ni d’électricité donc plus de chauffage, plus de métro, plus de contacts dans le monde digital (la panne touche-t-elle New York ou tout le pays, voire la Terre entière ?), un trou noir sémantique qui pousse quelques amis réunis autour de l’écran devenu noir à se questionner sur l’origine philosophique de l’existence. Lorsque le temps s’arrête, l’Homme peut enfin réfléchir, se souvenir…  
Au huitième étage d’un immeuble de Manhattan, Max et Diane reçoivent : un couple d’amis tout juste remis de leur atterrissage et un jeune professeur de physique totalement obnubilé par la découverte d’un manuscrit original d’Einstein datant de 1912.   

Ce huis clos va osciller entre dérision et questionnement existentiel, mais avec un décalage ironique qui montre que l’on peut aussi s’amuser de sa propre angoisse. Max attaque sa réserve de whisky et joue à commenter le match en changeant de voix, Diane se laisse bercer par les théories fumeuses du jeune prof, le couple d’amis rêvasse – elle, note ses impressions dans un petit carnet, et cela depuis le décollage.
Si bien que les conversations se croisent et se mêlent dans un joli mélo surréaliste où l’art, l’humanité, la science, la sport, défile dans un ordre aléatoire mais bien tout aussi insignifiant. Que reste-t-il alors quand tout ce à quoi l’on s’accroche disparaît ?
Quid de l’essentiel ?  

 

Rodolphe 

 

Don Delillo, Le Silence, traduit de l’anglais par Sabrina Duncan, Actes Sud, avril 2021, 112 p.-, 12 €

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