Zoé Baltic : marais-cage

 

Le livre de Zoé Baltic est le lieu de l'étrangeté ou de l'étrangement même si tout y semble appartenir au quotidien. Sauf bien sur une "disparition" finale. Elle est omniprésente tout le long de la fiction mais n'en est révélée que dans les dernières pages.

Le matériau et l'opération de la fiction segmentée en multiples voix narratives (comme si celle du narrateur ne suffisait pas) créent un horizon a-joint et disjoint là où l'unidimensionnalité de la ligne discursive se tord. Elle s'enfonce dans des marais qui sont autant de cages dont il faut sortir coûte que coûte même en osant et risquant le pire pour "s'exister". (l'apostrophe peut même se supprimer...)

De cette manière et en dehors de l'ordonnancement classique de la fiction, rien ne se présente mais rien ne se cache. Et ce en un même mouvement.

Le pays d'un tel roman est dépeuplé d'esprits bienheureux. Le communauté y est réduite plus qu'aux acquets au nom des passifs des héros même si un psychanalyste est là pour tenter d'en venir à bout.

Le dépaysement se fait dans le suspens de diverses présences ou passages entre l'imminence d'un départ et d'une venue au sein d'un enfermement marital et un théâtre étrange. Le temps du roman comme de sa "représentation" n'est là que pour rendre infiniment sensible ce qui a eu lieu mais qui fuit et ne "tombe" qu'à la fin.Chaque personnage - narrateur compris - possède son tempo qui n'est pas si proprement le sien. En ce pêle-mêle, le livre est le seuil d'un accès, un pas au-delà dissimulé dans le feuillage des pages et le feuilleté du temps.

Finalement, ce qui est retiré en marquant un écart de conduite devient un accès à soi. Ce qui est toujours l'affaire de la littérature pour peu qu'elle ait - comme dans la fiction de Zoé Baltic - quelque chose d'intéressant à dire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Zoé Baltic, Abus, Edilivre, 2016,  144 p. — 14 €

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