À contre murailles : subtile poésie de Carole Carcillo Mesrobian,

C'est diabolique. C'est envoûtant cette poésie, à la fin. Comment vais-je m'en dépêtrer ? Voilà que j'en suis à ma cinquième (re)lecture. Il y a un orage sur le lac Léman, ce soir. Sans doute est-ce propice à lire de la poésie ? À lire cette poésie-là. C'est ici que cela débute. Clarté. Netteté. Subtilité et jeux musicaux en mots d'émotion. Nous sommes donc au centre du monde. L'épure est à son paroxysme. Le sens délaissé pour l'instant d'étrangeté déréglée dans l'alignement des vocables. Agglutinés ils souffrent, libérés, les voilà qu'ils nous adressent des signes. Ici-bas, aussi, cela serait possible ?

Il semble bien que l'hypothèse se tienne. Et Carole Carcillo Mesrobian joue donc les passe-murailles pour nous entraîner à sa suite. Dans le cortège des autorisations à. Du miroir ne se reflète plus alors qu'une source de sensations. L'intensité du texte jalonne nos nerfs. La peau s'irise comme si un duvet l'avait taquinée.
Légère je suis désormais au-dessus de lac. À...
Supposer

Que subséquemment
Au dos des affluences
Il y ait escamotées des aubes

Ne plus tendre de froid
Ne plus dévoiler d'angles morts

Mais ravir les amoncellements d'arrimages

Enchâssés dans une couverture bleue nuit, ces vers posés sur une page ivoire sans ornement, aérée et sans foliotage pour ne pas égarer le lecteur, me bouleversent. Brindille je suis dans cette humidité de l'orage dehors quand le feu brûle dedans. Rêver de silence quand la foudre redessine le décor. Admettre l'impossible, alors ?

Absoudre

Les caps
Les extrémités borgnes
Les friches à trempes dégluties
La cadavérique espérance
Qui nous tient fous à perdre chair
La cavalcade compatissante et ces chaînes au collier
Et ces corsets de ciel à traverser debout

En pillards

Oui. En pillards. Lire Carole Carcillo Mesrobian en chapardant ses mots. Sa musique. Ses peintures. Sa foison. Lui voler son âme, tout le moins lui emprunter cette voix. L'adopter. La cajoler. La maintenir à l'abri des fureurs du monde. Et pouvoir à loisir la recouvrer le temps d'une lecture. 

Annabelle Hautecontre

Carole Carcillo Mesrobian, À contre murailles, Éditions du Littéraire, coll. "la bibliothèque de Babel", octobre 2013, 56 p. - 8,00 euros

Sur le même thème

Aucun commentaire pour ce contenu.