Drôles de comédies à la française

Avant d’être journaliste, Dimitri a été lobbyiste. Il était curieux, aimait les rencontres et les trouvailles, les jolies filles,  les beaux garçons, Madrid, le théâtre, le cinéma, les surprises qui font qu’on retrouvait à Paris une jeune femme rencontrée par hasard à Madrid. 
Un jour, il  découvrit que le système  de transmission de données à l’origine d’internet a été inventé par un Français, Louis Pouzin dans les années soixante-dix. Bizarrement la France de Giscard d’Estaing, un président jeune et moderne avait préféré le Minitel. En creusant un peu, il s’aperçut que les pouvoirs publics avaient laissé fermer le laboratoire du chercheur sur les conseils d’Ambroise Roux, alors président du CNPF, grand financier du parti au pouvoir. Et c’est ainsi que l’hexagone s’enticha du Minitel et ne redécouvrit que bien plus tard,  internet, développé aux États-Unis.
Tenace, le journaliste partit à la recherche des protagonistes très âgés du désastre.

Dans ce roman ample et foisonnant, Éric Reinhardt brosse un portrait féroce des politiques des trente glorieuses qui ont laissé filer la révolution numérique. Par appât du gain, connivence, entre soi : « La seule raison qu’ont les gens de droite, d’être à droite, en France, ce n’est pas d’inventer le monde de demain, ils s’en foutent… C’est de voir baisser leurs impôts, c’est de garder leurs privilèges. C’est de pouvoir conserver leurs châteaux familiaux.

Le constat toujours actuel est sans appel, le personnage de Dimitri, perdu et solaire, cultivé et un peu naïf paiera très cher son insistance à  vouloir aller plus loin que l’histoire officielle du très moderne Minitel.


Brigit Bontour

 

Éric Reinhardt, Comédies françaises, Gallimard, août 2020, 478 p.-, 22 €
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