Daniel de Montmollin, extases  « terrestres »

 

En quatre textes inédits Daniel de Montmollin présente sa vision de la poterie. Loin des recherches expérimentales, il retourne à l’essence d’un art par excellence premier puisque s’y rejoigne les quatre éléments fondamentaux : le tellurique et l’aquatique inhérents à sa matière, le feu de sa cuisson  et sa métamorphose et l’air témoin de la dimension spiritualiste de l’art. L’argile qui parait à l’artiste  « immobile comme en un vivant repos » devient peu à peu un pilier actif pour une ascension au moment où les « mains reviennent spontanément au cercle, répété à loisir, yeux ouverts ou fermés peu importe, telles des enfants tournoyant sur eux-mêmes, jusqu’à l’ivresse. »

Devenu un maître de son art Daniel de Montmollin  -Frère (et fondateur) de la communauté de Taizé -  évoque le plaisir de la matière. Le travail du corps et de l’esprit crée un mélange de réalisme, de métaphore, de parabole. Bref une sorte de totalité terrestre de la métaphysique en acte. L’aventure se veut avant tout plastique et s’inscrit sous les signes des courbes si bien que la dimension « religieuse »et habitée passe - de gré ou de force - au second plan. Et ce jusqu’à une jouissance enfantine d’un faire qui ne se cache plus.

L’œuvre dénude donc non seulement le corps « christique » mais ce qu’il éprouve de secousses et de vibrations. Et pour de Montmollin l’instant ou plutôt ce « supremus » de la création redonne au temps humain l’intensité que l'éternité veut nier. Par le clavier des mains s’instruit une autre prêtrise. Chaque pièce parle de l’amour divin par son incarnation. Tout est de l’ordre de son approche et de son accomplissement. Reste le soleil de l’extase enfantine évoquée dans des rondeurs qui suggèrent parfois  une volupté. De celle qui ne supporte pas d’ombre mais se partage, se donne.  Et l’artiste ouvre la sensation de l’éprouver  au nom d’une fièvre ailée sur laquelle la main ne cesse de glisser.

Jean-Paul Gavard-Perret

Daniel de Montmollin, « Le repos du potier »,Illustrations originales de Jean-Pierre Schneider, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 48 p., 2017

 

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