Michel Potage, la soupe et le volcan

Pour beaucoup Michel Potage est mauvais peintre et méchant homme. Il reste de fait un grand seigneur, montreur d’ours à sa manière. Jouant entre le plein et la vide, il se veut un des cochons qui s’amusent (sérieusement) sur le fumier de l’art. Il n’a cessé de le remuer au sein même d’une expérience traumatique dont il ne dit rien.
Qu’importe si les portes n’existent pas, Potage a toujours quitté les opinions communes sur l’art. Il abandonne la performance lorsqu’elle devint élément de langage pour revenir à la peinture-peinture. Considéré comme faiseur de tord, il est toujours juste, vrai et sans refoulement.
Sa vie et son œuvre restent un voyage étrange : elles ne produisent pas forcément du réel mais découvrent les bases vivantes d’une science philosophale pour désenclaver, arracher, renverser jusqu’aux arbres qu’elle propose. Rien d’homogène dans l’œuvre : juste les traces de gestes. Elles ont, entre autres, servi d’accompagnement à plusieurs livres de éditions Fata Morgana qui publient aujourd’hui un texte essentiel de celui qui, picturalement, s’est tu. Il répond à la souillure par l’image pas n’importe laquelle : Ce n’est pas tout à fait une image, c’est moi en moi. Liée au sol, elle est vibrante de réalité quasi magique. L’artiste n’a cherché qu’à en rallumer le jeu jusqu’à se brûler.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Potage, Avant-jour, Fata Morgana, 2023, 96 p.-, 15€

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