Les contraires s’attirent, selon Aurélie Filippetti

Pourquoi refuser de s’aimer sous prétexte que l’on pense différemment ? Ne sont-ce point les oppositions qui cimentent le mieux ? Un aimant n’agit-il pas sur un pôle magnétique contraire ? Alors pourquoi les Hommes politiques devraient-ils faire exception ? Il est de droite. Il porte beau. Ce n’est pas Frédéric de Saint-Sernin – quoique. Elle est de gauche. Idéaliste et ambitieuse. Elle sera ministre. Ce n’est pas Aurélie Filippetti – quoique.
Roman à clés ? Trop facile, mon jeune ami.

Elle a grandi dans le nord-est. Sa famille vient d’Italie. Elle a l’ambition du cœur. La force du monde ouvrier coule dans ses veines.
Il a géré des sociétés avant d’embrasser la politique. Il a servi Chirac – elle servira Hollande.
Mais diable à quoi donc pensait Cupidon quand il s’est penché sur ces deux-là ? Sans doute à leur bonheur, finalement.  Car derrière le vernis politique, ils partagent le même amour de la France. Manières différentes de le penser, d’y participer, mais idéaux identiques. Grandeur d’âme et force de cœur.

Mais au-delà de l’anecdote, il y a la peinture toujours juste des personnages. L’œil de la narratrice qui pique le détail qui évoque plus que dix lignes supplémentaires. Et il n’y a pas de règlements de comptes gratuits. On n’est invité à voir de l’intérieur ce qui ne fonctionne plus dans le système politique. Ce qui grippe les machines administratives quand ceux qui les pilotent sont des idéalistes qui n’arrivent pas à mettre en application leurs desseins.
Nicolas Hulot en est la dernière victime.

Aujourd’hui Macron a trahi – la loi sur la non-interdiction du glyphosate le prouve – comme Hollande a trahi avant lui. Comme Sarkozy avait trahi – jamais le peuple ne lui pardonnera d’avoir foulé aux pieds le referendum sur l’Europe. Il aurait fallu que ce livre sorte avant les élections, ni Le Pen ni Macron ne serait venu au second tour. Ni Fillon ni Mélenchon… Cela aurait eu du panache…
Car cette lecture en profondeur du dernier roman d’Aurélie Filippetti donne la nausée. La manière dont les caïds du PS se comportent. La morgue de Hollande. La violence des actes. L’attrait de l’argent – pour un gouvernement de gauche !

Si bien qu’on en arrive à aimer son compagnon. Même s’il campe parfaitement l’homme de droite. Mais la belle droite. Celle de la culture. De l’extrême courtoisie, de la politesse. De la retenue. Des idéaux chevaleresques quitte à voir grand, trop grand. Mais c’est finalement tellement plus gratifiant cette ambition. Face à ces petits messieurs de la gauche ringarde. Recroquevillée sur ses thèmes surannés. Qui ne dépasse plus les 4% d’intentions de vote (sic).
Roman d’époque. Roman d’esprit. Cruel et juste.

Annabelle Hautecontre

Aurélie Filippetti, Les Idéaux, Fayard, août 2018, 448 p. – 20 €

 

 

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