Blandine Rinkel et les métamorphoses

Après L’abandon des prétentions puis La nuit est encore jeune (celui-ci écrit sous le nom de Catastrophe, nom du collectif dans lequel elle est chanteuse), Blandine Rinkel cherche à travers ce livre une liberté nouvelle dans le vacillement et une certaine transfiguration.

Au sein d'un monde d'images l'auteure leur donne un écran plus large tout en réparant leur langage dans un vacillement et une fluctuation qui permet de se rapprocher d'une identité.
Ce roman à la deuxième personne du singulier met en scène Océane. L'héroïne arrive à Paris à dix-huit ans pour ses études. Issue de la classe moyenne, elle cherche à cacher ses origines face à ses camarades bourgeois parisiens dont elle veut s’approprier les codes tant elle se trouve idiote face à leurs savoirs.

Néanmoins l'auteure ne sort pas son héroïne de l'eau et de l'Atlantique. C'est le meilleur moyen pour celle-ci de se laver des affirmations des hommes et de se re-frabriquer en tant que femme au sein de la valse des noms, des postures et des impostures.
Certes l''héroïne qui sort d'une ville de roman (Saint Jean les Oies) se sent déclassée et la narratice (qui la tutoie un temps) le lui rappelle. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Elia. Celle-ci lui fait comprendre qu''il "peut y avoir des relations d'amitié passionnées, éperdues, éprouvantes qui peuvent vous faire vaciller intérieurement jusqu'à vous faire douter de votre propre identité".

Elia est elle-même en bisbille avec son "moi"  avant de disparaître (le livre lui est d'ailleurs dédié). Mais c'est peut-être pour cela qu'Océane acquiert "le goût des métamorphoses". Sous l’impulsion d'un sentiment amoureux mais amical elle va même jusqu'à changer de prénom : Océane, désormais, s'appellera désormais Blandine en un glissement linguistique des plus significatifs puisqu'il ramène à l'auteure elle-même.

Bref tout vacille en un sentiment de dualité jusque dans les rapports entre l'auteure et son héroïne. Le seconde s'éduque, la première s'émancipe. Le prénom devient garant de libération et de réinvention de soi. D'où le titre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Blandine Rinkel, Ne nom secret des choses, Fayard, août 2019, 304 p., 19€

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