Rendez à César, de difficiles et complexes relations

Archiviste et historienne

Archiviste de formation, Françoise Hildesheimer est une des spécialistes françaises de l’Ancien Régime. On lui doit un ouvrage sur La vie à Nice au XVIIe siècle (Publisud, 1988), Le jansénisme en France (Desclée de Brower, 1992) ou Du siècle d’or au Grand siècle, l’Etat en France et en Espagne (XVIe – XVIIe siècle) (Flammarion, 2000). Elle s’est beaucoup intéressé à la figure de Richelieu dont elle a publié une biographie très importante chez Flammarion en 2004. Rendez à César se propose d’être une vaste étude sur le rapport de l’Eglise au pouvoir temporel, de la fin de l’Empire romain à la Révolution française : vaste entreprise !

Derrière l’affrontement temporel/spirituel, les gros sous ?

Au lieu de nous donner une réflexion de plus sur le conflit entre l’église et l’Etat d’un point de vue théologico-idéologique, Françoise Hildesheimer se propose plutôt de retracer l’histoire de ce duo du point de vue matériel. L’église devient très vite, après l’édit de Constantin, un important acteur de la société grâce aux donations en terres et en argent des laïcs. Souverain temporel, le pape est un rival direct des empereurs qu’il fait, des Carolingiens aux Hohenstaufen. Notre auteur valorise ensuite l’expérience gallicane où le roi de France, souvent allié des papes dans sa lutte contre les empereurs du saint empire romain germanique, garde la main sur son église, de la Pragmatique sanction (1438) au concordat de Bologne (1515), en passant par les quatre articles de 1682. L’église reste un financeur de l’Etat via ses dons, sans parler des confiscations…Au final l’histoire du rapport Eglise/Etat aboutit à la Révolution qui nationalise les biens du clergé tout en le fonctionnarisant : voici un ouvrage qui nourrit une réflexion toujours actuelle sur le rapport entre religion et Etat.

Sylvain Bonnet

Françoise Hildesheimer, Rendre à César, Flammarion « au fil de l’Histoire », février 2017, 396 pages, 24 €

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