Tu montreras ma tête au peuple : François-Henri Désérable revisite la Révolution

Confirmé par son second livre mais premier roman, François-Henri Désérable possède un style décapant, sorte de mistral qui s’engouffre dans les tuyauteries pour chasser les dernières scories littéraires que de caciques vieux grigous tentent de maintenir en place. Ainsi, non sans humour et érudition, nous envoie-t-il promener au grès de sa fantaisie mais avec rythme et puissance narrative. On y est, à n’en pas douter ! Et l’on navigue sur les flots mouvementés de cette partie de l’Histoire de France qui est pour le moins perturbée, pour ne pas dire perturbante.

 

Les plus connus sont là (Marie-Antoinette, Robespierre, Danton, Murat) mais quelques inconnus s’y glissent, dont Fabre d’Églantine (auteur du célèbre il pleut il pleut bergère et de la dénomination des mois du calendrier révolutionnaire). D’autres plus pittoresques ou d’incroyables romantiques. Chaque chapitre est ouvert dans une pirouette. Par exemple, sous prétexte d’un amour qui ne fut jamais synallagmatique, on aborde Charlotte Corday et Adam Lux (qui n’était en rien l’inventeur du savon éponyme, encore moins une lumière) mais bien député extraordinaire de Mayence, trop vite séduit par l’idée révolutionnaire, tombé amoureux de la belle meurtrière aperçue dans la charrette qui la conduisait vers son destin… Rencontre avec la lame nationale qu’il ne tardera pas à goûter, lui aussi, le 4 novembre 1793. Drôle d’époque.

 

Un concentré pétillant d’histoires dans l’Histoire, scénettes décapantes qui offre d’autres angles à la grande légende de la Révolution qu’il faudra bien, un jour, raconter dans son ensemble, à commencer par publier les archives nationales qui… ne sont pas jolies jolies.

 

François Xavier

 

François-Henri Désérable, Tu montreras ma tête au peuple, Folio, 208 p. – 6,40 euros

Première parution : Gallimard, 2013

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