C'est bien Vincent qu’on assassine

Vincent Van Gogh était très loin d'être fou, il était surtout insatisfait, habité par une rage lanciante, frustré face à la peinture qu’il faisait et qui n’avançait pas assez vite vers ce qu’il désirait…
Il n’était donc pas dépressif et n’aurait jamais intenté à sa vie, mais aurait, tout simplement, été tué, en juillet 1890.
Thèse défendue par les historiens Naifeh et Smith (prix Pulitzer pour leur biographie sur Pollock) dont la biographie du peintre a paru chez Flammarion en 2013 : la rumeur était que Van Gogh avait été tué accidentellement par deux garçons et qu'il avait décidé de les protéger et de jouer le martyr.
Cette version colle avec les faits, estiment les historiens qui ont eu accès aux archives du Musée Van Gogh d’Amsterdam. Ils ont consulté quelque 28 000 notes et sont persuadés que les responsables sont René Secrétan et son frère, fils de bonne famille parisienne qui harcelaient régulièrement Van Gogh, cet été-là.

Voilà de quoi tordre le cou à une légende qui enferme un peu trop facilement l’un des plus grands peintres de tous les temps dans un carcan réducteur : la folie n’explique pas tout. Mais comment voulez-vous que le bourgeois comprenne un artiste, surtout en cette fin du XIXe siècle où l’art officiel consistait encore à peindre des paysages et boudait Manet qui parvenait péniblement à tenter de faire entendre une autre manière de voir la peinture.

Le roman s’ouvre en Arles, en 1888, quand Vincent tente de s’installer dans la Maison Jaune, y invite Gauguin, dont il apprécie la compagnie et la peinture, mais qui ne lui rend pas la pareille, préférant rejoindre ses amis de Pont-Aven ; plongeant le hollandais dans un désarroi profond. Mais qu’on ne se méprenne pas : s’il se coupe l’oreille le jour du départ de Gaugin, c’est plus en rapport avec la difficile relation qui le lie avec les habitants que sa querelle avec l’ancien courtier…
Après un bref séjour à Saint-Rémy de Provence, banni d'Arles où une pétition demandait son départ, Vincent rejoint Auvers-sur-Oise où le docteur Gachet s'est invité à veiller sur ses nerfs, et à le soutenir dans son travail... On connaît la suite...

Il est amusant de noter que ce sont deux femmes qui auront le mieux perçu l’extrême sensibilité des artistes, et des peintres surtout, en nous offrant deux romans saisissants, poignants d’intelligence et de subtilité, servis dans un style clair et neutre mis au seul service de ce tragique instant pour lequel, seul, les artistes vivent.
Marianne Jaeglé reprend à son compte ce qui semble bien être la vérité dans un roman poignant car, comme elle me l'a écrit, si Vincent disait que rien n'est plus artistique que d'aimer les gens, aimer les livres c'est pas mal non plus... et parvenir à en écrire de tels que celui-ci, poignant de bout en bout, passionnant et formidablement évocateur de l'âge d'or de la peinture, est aussi un geste d'amour pour l'humanité...
 

François Xavier

Marianne Jaeglé, Vincent qu’on assassine, Folio, mars 2018, 328 p. – 7,80 euros

Première parution : L’Arpenteur, avril 2016, 320 p. – 20,00 euros

 

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