Kallocaïne : dîtes-moi tout !

Qu’est-ce qui unit Fahrenheit 451 et 1984 dans une même dystopie ? L’ouvrage de Karin Boye, publié neuf ans (1940) avant celui de George Orwell. Cette confession de l’inventeur d’un sérum de vérité imparable. Il lit vos rêves. Il décrypte vos désirs de liberté. Il traque vos pensées les plus intimes. Pour l’État Mondial c’est la panacée. Mais pour son inventeur, Leo Kall, c’est une autre histoire. Ce n’est pas exactement de la culpabilité. Ni de l’ambition. Encore moins de la soumission à l’État. C’est plus pervers, plus subtile, plus humain, en quelque sorte. Cet être finalement si fragile qu’il ne demande qu’à être soumis. Conduit. Piloté jusque dans ses plus profondes émotions… Quitte à impliquer sa femme dans le processus. Quand la confiance te quittes, que reste-t-il ?
Ce roman fait froid dans le dos. Sans être complotiste, et fort de quelques infos déclassées de la guerre du Vietnam – la fameuse Echelle de Jacob, drogue sensée motiver les GI’s Joe mais qui tourna au fiasco – on devine sans peine que les laboratoires secrets des armées n’ont pas pour autant cessé leurs recherches diaboliques. Donc un jour l’autre, rien ne dit que l’on ne subisse pas une piqûre de rappel. On se régale de ces lectures à frissons. On accepte ce suspens à tiroirs, qui de l’arroseur sera arrosé ? Mais que ferons-nous quand un beau matin on se réveillera après que le Président ait dissout l’Assemblée et renvoyé dos-à-dos les fous furieux qui prétendent nous gouverner ? On détournera la tête ou on ira à l’abattoir sans brocher ?

Annabelle Hautecontre

Karin Boye, Kallocaïne, traduit du suédois par Leo Dhayer, Folio, juin 2024, 288 p.-, 9,40€

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