Stefanie Moshammer : Las Vegas story

                   


 


 

Stefanie Moshammer saisit la ville de plaisir et ses acteurs aux heures nues et dans la chaleur de diverses attentes. L’angoisse s’y dissout. Des corps sont offerts ou recroquevillés. Parfois ils versent dans l'improbable. La photographe sans le montrer ouvertement milite pour les femmes qui deviennent les simples objets du désir. Elle les remonte à la clarté mais elle impose à chaque prise un pouvoir d'étrangeté d'une poésie presque tactile là où tout semblerait axé sur le reportage.

 

Les prises sont sans appel mais éloignent de tout romantisme de la rue et de ses trottoirs.  Cela évite d'entrer dans la nostalgie douteuse que cultivent trop de photographes hommes face à un tel thème. Chaque cliché devient un îlot de précision sans plage précise si ce n’est la présence de la ville du Nevada. Sur le lit des crépuscules ou en des aubes berceuses. La proximité crée un labyrinthe oculaire enlacé. S’y perçoit par effet de surface des profondeurs cachées en une célébration poétique, en un acte étrangement « pieux » face à celles que « la morale réprouve » mais que la pratique consacre comme prêtresses du lieu. Cela provoque une traversée incertaine dont l'avenir comme l'origine demeurent une interrogation.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 Stefanie Moshammer, « Vegas and She »,  2015, 112 pages, Fotohof edition 2015.

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