Enfin le royaume, l’autre sanctuaire

Faut-il avoir déployé ses ailes depuis des décennies, deviner la rectitude de la ligne d’horizon, entendre le souffle du grand soir pour parvenir à gagner en sagesse ? Indéniablement. Jamais des poèmes de jeunesse ne parviendraient à atteindre cette hauteur émotionnelle, cette justesse de ton et de mot, touchant l’âme au plus profond d’elle-même, tirant au lecteur larmes et joie infinie dans la délectation de ces quatrains.
Enfin le royaume nous fait d’ailleurs l’immense honneur de découvrir soixante poèmes inédits, complétant le premier volume en l’ouvrant à de multiples expériences, y associant amis et souvenirs, situations et réflexions…
François Cheng est un disciple de l’Ouvert, de cette mixité chaque jour reconstruite à partir de ses origines chinoises et de cette langue d’adoption, le français, dans lequel il s’exprime exclusivement depuis 1977.

Un jour si je me perds en toi,
me rappelleras-tu mon nom ?
Un jour en toi si tu me retrouves,
me révéleras-tu ton nom ?


Des voyages à l’amour avec un A, le royaume de François Cheng est un palais des souvenirs, un sanctuaire de la mémoire et des émois, un florilège d’émotions et de questionnements qui nous invitent et nous initient au chant profond de la poésie ainsi utilisée comme vecteur vers la spiritualité. Substance absente ces derniers temps de notre monde digital qui se dévore de l’intérieur.
Or ici point de préoccupations bassement matérielles, ne demeure qu’une Beauté éternelle, canon des petites choses de tous les jours qui nous échappent dans notre course absurde à toujours vouloir plus.

Tout d’un coup je dis tu,
Sachant que tu es là.
Le clair val s’étant tu,
Ne s’entend que moi – toi.


Qui sait encore percevoir dans la nuit abandonnée le chant des crapauds, suivre les poissons, mirer le bleu du ciel, écouter le trait dans le souffle muet du yin et du yang qui se rejoignent ? Désireux de grandir encore, François Cheng inscrit ses mots en miroir de ses calligraphies, témoins de cette flamme jaillie des eaux, pur souffle dans le plaisir d’amour…
Quand le temps s’arrête et que la poésie s’empare de la vie, alors, peut-être, parvient-on à comprendre le sens de tout ça.

Une grande chose a lieu : l’univers ? non, la Vie.
C’est là l’unique aventure, sublime et tragique.
Pour que la vie soit vie, la mort incontournable ;
Seule la Voie ne meurt pas, qui l’épouse a sa part.


François Xavier

François Cheng, Enfin le royaume - Quatrains, nouvelle édition revue et augmentée de 60 quatrains inédits, 224 p. –, Poésie/Gallimard, février 2019, 7,30 €
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