Les cendres de Gramsci, de Pier Paolo Pasolini, et autres poèmes

Profitant d’une escale parisienne pour saluer quelques connaissances au Salon du livre. Mais surtout voir mes amis du Printemps des poètes, je tombe sur un Poésie/Gallimard. Réédité avec quelques incontournables dans une belle et nouvelle couverture. Noire pour celle-ci. Rouge pour Desnos. Toutes estampillées du logo La poésie à l’épreuve du monde. En 2009, déjà, la Fondation Elahi s’était posée la question : Comment la littérature change le monde- Dostoïevski, Péguy, Salomé, Levi, Darwich. On se souvient tous de la montagne qui accoucha d’une souris. Plutôt d’un vent. Tant la dernière saillie – magistralement incisée dans l’hypocrisie générale qui planait jusqu’alors sur le colloque – par l’entremise d’une communication sur Darwich mit le feu aux poudres. Une salle acquise à la cause. Un poète précis dans ses termes qui faisait mouche. Un modérateur xénophobe. Des apartés insultantes. Des organisateurs défaillants. Des actes jamais publiés. Des pages du site de la fondation étrangement vides…

 

La réponse est donc OUI.

Oui, la littérature peut changer le monde. La littérature change le monde !

Et la poésie en est bien son bras armé… Pasolini l’a payé de sa vie. Assassiné sur une plage. Mort atroce qu’il avait prophétisée. Affaire très vite classée. Soit qu’il en savait trop. Soit qu’il parlait trop. Ou les deux à la fois. Et son homosexualité n’est pas la seule raison. Même si c’est le plus souvent l’excuse avancée pour étouffer l’enquête. Une rixe entre pédés qui aurait mal tourné. Fermez le dossier.

 

Mais revenons-en au cœur du problème. Aux mots qui piquent. Qui composent cette musique unique. Poésie au firmament du monde. Dès les premières pages on comprend. Combien Pasolini devait agacer. Déranger ces bourgeois pétris de suffisance ainsi bousculés. Mis en face de la réalité. Ce monde coupé en deux. Cette société italienne aliénée et déchirée. Le candidat Macron devrait lire ce livre. Sans doute ses discours insipides et creux prendraient-ils un minimum de corps. De poids : C’est le miroir, et non Narcisse, / qui brille dans ce pré / Vert sombre, mon enfance, / morte, de loup…

 

Les poèmes que tu vas découvrir, lecteur complice, s’échelonnent sur plus de dix ans. Tirés de trois recueils différents, ils ont été choisis par Pasolini, lui-même. S’il vous plaît… Ainsi, en un seul ouvrage tu auras la possibilité de retracer les étapes cruciales d’un itinéraire riche en bouleversements de pensée.

 

La poésie, ici, est drame et vérité. Elle plonge ses racines au plus profond d’une situation historique et sociale. Elle témoigne d’une condition humaine particulièrement difficile. Pour ne pas dire exsangue… Par ses poèmes, Pasolini met en lumière le côté obscur de l’Italie d’après-guerre.

Il y a dans ces poèmes un constant souci de témoigner. C’est ce qui fit sa patte : une cohérence et une continuité tout au long de l’œuvre.

 

Plus connu pour ses films, Pasolini n’en demeurait pas moins poète. D’ailleurs il a toujours assigné à ses poèmes une place privilégiée. Et il est vrai, nous dit José Guidi, que le message qu’ils nous livrent n’est pas de ceux qui se laissent facilement oublier, tant par sa qualité humaine que par ce qu’il finit par nous enseigner sur une époque au cœur de laquelle il n’aura cessé de projeter son interrogation lucide et amère, et son inquiétude passionnée.

 

Annabelle  Hautecontre

 

Pier Paolo Pasolini, Les cendres de Gramsci suivi de La religion de notre temps et de Poésie en forme de rose, choix de poèmes traduit de l’italien par José Guidi, édition bilingue, Poésie/Gallimard, février 2017, 318 p. – 11,90 euros

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