Le bouffon de Thomas Snégaroff

Thomas Snégaroff crée une libre biographie d'Ernst Franz Sedgwick  Hanfstaengl,  surnommé Putzi, né en 1887 à Munich – où il mourut en 1975. Quoique mesurant deux mètres, son surnom réduisit sa taille puisqu'il signifiait petit bonhomme.

Marchand d'art dans le New York bohème des années 1910, musicien à ses heures, il devint dix ans plus tard le confident et le pianiste d'Hitler. Excentrique jalousé par les nazis, il était fasciné par leur chef, à qui il offrit de l'argent et des airs de Wagner à toute heure du jour et de la nuit. Avide d'honneurs il rêvait d'une alliance entre l'Allemagne et les États-Unis, ses deux patries.

Il fut le soutien financier d'Hitler au début du NSDAP avant d'être nommé responsable de la presse étrangère du Reich en 1933 et de devenir le chef du département de la presse étrangère jusqu'en 1937.  Il crut en son destin, pourtant n'obtint que la disgrâce. Mais son  exil le conduisit via l'Angleterre où il fut interné pendant la Seconde Guerre mondiale. Roosevelt fit de lui son principal informateur sur le Führer - après son transfert à Bush Hill, localité proche de Washington - sous couvert d'opérer comme conseiller présidentiel en politique et psychologie pour la guerre contre le Troisième Reich.

Traître pour certains, bouffon anecdotique pour d'autres, il resta néanmoins un des artisans de la peste brune. Thomas Snégaroff  reprend cette histoire tragique, burlesque d'un personnage qui plus qu'un autre avait l'étoffe d'un héros de roman. Celui-ci devient la fiction  d'un siècle de splendeur et de désastre, de grandeur et surtout de décadence où l'on croise Goebbels, Göring mais aussi Thomas Mann, Carl Jung et même l'actrice de Sissi.

En septembre 1944 après la victoire des  alliés, Putzi est renvoyé dans un camp en Angleterre sur l'île de Man puis en  Allemagne, avant d'être libéré en fin 1946. Il écrira un livre à succès Hitler: The Missing Years en 1957. Et l'auteur nous emmène jusqu'au bout de son périple.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Snégaroff, Putzi, coll. Blanche, Gallimard, octobre 2020, 364 p.-, 19€

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